Multiplier les lieux de jeux, rompre l'isolement des parents et encadrer les vidéos pour enfants: un rapport pour le think tank Terra Nova propose mardi un plan d'action pour réduire la surexposition précoce aux écrans, pour un coût estimé à 200 millions d'euros annuels à terme.
"À l'âge de trois ans, c'est un enfant sur dix environ qui est déjà exposé plus de deux heures par jour aux écrans", a rappelé en préambule Thomas Villemonteix, maître de conférences en psychologie.
Il cosigne le rapport avec Florent de Bodman, cofondateur et directeur général de 1001 mots, une association qui aide les parents à développer le langage des tout-petits.
Les deux auteurs proposent d'abord de doubler dès 2027 le nombre de ludothèques, estimé à environ 1.500 aujourd'hui, d'ouvrir les cours d'école le samedi et d'étendre aux week-ends l'ouverture des lieux d'accueil enfants-parents, souvent limitée à quelques créneaux en semaine.
L'objectif est d'offrir un lieu à moins d'un quart d'heure à pied. "Ça changerait la vie de beaucoup de familles", affirme Florent de Bodman.
Pour rompre l'isolement, ils proposent de créer, après la naissance, des groupes d'entraide entre jeunes parents, comme cela se fait au Danemark, mis en contact par les services de protection maternelle et infantile (PMI). "L'isolement des jeunes parents, c'est un des gros facteurs qui fait qu'à la fin, ils ont recours aux écrans car ça crée aussi de l'épuisement, de la fatigue globale", souligne-t-il.
Par ailleurs, les visites à domicile proposées par la PMI, généralement proches de la naissance, sont "plutôt centrées sur la santé de la mère et du nourrisson", explique Thomas Villemonteix.
Les auteurs proposent une nouvelle visite, entre six et neuf mois, pour le premier enfant qui serait davantage consacrée aux pratiques parentales favorisant son développement, notamment l'acquisition du langage.
Il faut aussi "changer la façon dont on parle des écrans aux parents", estime l'universitaire, en les interpellant "là où ils sont", c'est-à-dire sur les réseaux sociaux (Instagram, Tiktok, etc.).
"Des données montrent que les parents qui eux-mêmes utilisent le plus les réseaux sociaux sont ceux qui montrent le plus d'écrans aussi à leurs enfants", rapporte Florent de Bodman.
Enfin, les auteurs proposent "un court avertissement de santé" d'une dizaine de secondes dès qu'une vidéo destinée aux jeunes enfants est lancée après 19h30 et l'interdiction des publicités pour des tablettes pour nourrissons ou des porte-smartphone de poussettes.
Leur rapport, présenté mardi à l'Assemblée nationale, sera également transmis aux équipes des candidats à la présidentielle, indique Terra Nova.