Eau potable: les Écologistes veulent interdire les pesticides autour des captages

Interdire l'usage des pesticides autour des captages pour protéger l'eau potable: c'est l'une des propositions de loi défendues jeudi par les Écologistes dans leur niche parlementaire, inspirée d'un exemple en Charente-Maritime.

A Clavette, près de La Rochelle, dans la plaine céréalière d'Aunis, où une quinzaine de cancers pédiatriques ont été recensées depuis 2008 par l'association Avenir santé environnement (ASE), une zone de protection va être mise en place pour permettre de rouvrir le captage des Mortiers, fermé depuis 2020 en raison d'une pollution accidentelle à un herbicide, le chlortoluron.

Il fait partie des 14.300 captages fermés en France entre 1980 et 2024 en raison de la pollution aux pesticides et aux nitrates, soit plus d'un tiers des 32.900 captages du pays, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique.

Une feuille de route cosignée en décembre par la Communauté d'agglomération rochelaise (CdA) et la préfecture de Charente-Maritime prévoit d'interdire les pesticides dans un périmètre de 150 hectares autour du captage des Mortiers à partir de 2027 et de 750 hectares en 2030.

"L'enjeu est aussi d'accompagner" les 30 agriculteurs dans le périmètre de 150 hectares, souligne Guillaume Krabal, vice-président de la CdA chargé de l'eau potable. "Les discussions avec eux se passent bien, mais ils sont inquiets".

- Contrepartie financière -

Ils vont bénéficier de paiements pour services environnementaux (PSE), un dispositif créé en 2018 afin de rémunérer les agriculteurs pour des actions contribuant à restaurer ou maintenir des écosystèmes.

Une enveloppe de 1,2 million d'euros, financée à hauteur de 80% par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, sera distribuée sur cinq ans, le temps de structurer de "nouvelles filières économiques" comme "l'agriculture biologique", selon M. Krabal.

Jean-Claude Raux, député de Loire-Atlantique, a choisi cette stratégie de protection comme "modèle" pour sa proposition de loi sur la protection de l'eau potable, l'une des neuf au programme de la niche parlementaire écologiste de jeudi.

"Sur tous les bancs politiques, je pense que nous sommes d'accord sur un constat : l'échec global à protéger la ressource en eau des pesticides", en raison du caractère volontaire des précédents dispositifs ou de dérogations trop importantes, a-t-il déclaré jeudi dernier lors d'une visite à Clavette. "Il faut un cadre réglementaire plus ferme", afin de "sauver la qualité de l'eau pour les prochaines générations".

"Il y a proportionnellement moins d'agriculture biologique sur les aires d'alimentation de captage que partout ailleurs en France. C'est sidérant", a-t-il également dénoncé.

- "Une injustice incroyable" -

Son texte vise notamment à interdire, au 1er janvier 2030, "l'utilisation de pesticides de synthèse et d'engrais azotés minéraux à l'intérieur des aires d'alimentation des captages associées à des points de prélèvement sensibles", soit un périmètre encore plus vaste qu'aux Mortiers.

A ses côtés, le député écologiste local et agriculteur Benoît Biteau a appelé à "orienter la PAC (Politique agricole commune) vers les PSE, de manière à arrêter de perfuser une agriculture dépendante des pesticides (...) Il faut l'accompagner vers d'autres logiques de production".

En Ile-de-France, où 120 fermes bénéficient depuis 2020 de paiements pour services environnementaux afin de protéger 20.000 hectares, "on a constaté (...) une réduction de 77% des pesticides utilisés et une multiplication par quatre des surfaces d'agriculture biologique", a souligné pour sa part Dan Lert, adjoint écologiste à la maire de Paris et président d'Eau de Paris lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale le 28 janvier.

L'enjeu est aussi financier. "En France, les coûts de traitement liés à la pollution de l'eau potable par les pesticides et les engrais azotés minéraux sont estimés entre 750 millions et 1,3 milliard d'euros par an", rappelle Jean-Claude Raux dans sa proposition de loi, en citant une étude de 2021 de l'UFC Que choisir et de l'association Générations futures.

Marie-Amandine Stevenin, présidente de l'UFC que Choisir, dénonce, elle, "une injustice incroyable pour le consommateur".

"Entre 2023 et 2025, la facture d'eau a augmenté en moyenne de 16%", mais "ça ne s'accompagne pas d'une amélioration de la qualité de l'eau", a-t-elle regretté aux côtés de Dan Lert, estimant que "la solution" était "l'obligation de la protection de ces zones de captation".