Après Paris, Lyon, Bordeaux, la métropole de Marseille mettra-t-elle un terme à des décennies de gestion privée de l'eau ? La majorité sortante de la mairie en a fait un de ses axes forts de campagne pour les élections municipales.
Lors d'une conférence de presse le 21 janvier, le Printemps marseillais - coalition rassemblant socialistes, communistes, écologistes et membres de la société civile emmenée par le maire sortant Benoît Payan - a plaidé pour une gestion directe de l'eau potable et de l'assainissement, au nom de "l'intérêt général".
Depuis des décennies, la gestion de l'eau est confiée à des opérateurs privés, dont le principal, la Société des Eaux de Marseille (SEM), filiale à 100% du géant des services à l'environnement, Veolia. La SEM alimente 1,5 million d'habitants en eau potable, soit 80% de la population de la métropole, à Marseille et dans 17 communes voisines.
Le contrat représente 110 à 120 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel, pour un bénéfice moyen de 5 millions d'euros, selon Veolia.
Dans une régie publique, "tout ce qui est fait comme bénéfice est réinvesti dans la gestion du réseau ou dans une tarification plus sociale", a souligné Audrey Garino, adjointe PCF affaires sociales/solidarité/lutte contre la pauvreté.
Le contrat en cours, qui a pris effet en juin 2014, arrivera à son terme en 2029, à mi-parcours de la prochaine mandature.
"On sait que l'eau est une ressource qui va devenir de plus en plus rare. Qu'il faut protéger. Et donc, pour laquelle il faut sortir autant que possible de la logique de marché", a jugé Audrey Garino, qui souhaite en profiter pour instaurer "une tarification progressive" en fonction des usages et la gratuité des premiers mètres cubes pour les usages essentiels.
- "Promesse facile" -
Chez Veolia, on se targue d'un "partenariat public-privé réussi et de confiance" entre la SEM et Marseille, avec une eau "de bonne qualité et moins chère que la moyenne en France", et un rendement de réseau de "88,19%".
"Le contrat prévoit aussi une aide d'1,2 million d'euros par an pour aider les familles qui ont du mal à payer leur facture d'eau", ajoute le groupe.
Le candidat LFI à la mairie de Marseille Sébastien Delogu plaide, lui, pour "une régie publique, locale, transparente et sans logique de profit".
Mais même en cas de victoire d'une liste de gauche, tout dépendra des équilibres politiques à la métropole d'Aix-Marseille-Provence, compétente pour l'eau.
Interrogée par l'AFP, la présidente sortante, Martine Vassal, candidate à la mairie à la tête d'une alliance de la droite et du centre, ne fait pas mystère de son opposition à un changement de mode de gestion.
"Faire croire qu'un changement de modèle ferait baisser automatiquement la facture, c'est une promesse facile", a-t-elle déclaré à l'AFP, ajoutant que "changer un dispositif qui marche, c'est prendre un risque".
"Dans un contexte de tension hydrique et de risques croissants, la solidité opérationnelle n'est pas un plus : c'est une assurance-vie collective", a-t-elle estimé, ne souhaitant "pas rouvrir un débat dogmatique".
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