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Des vacances subventionnées pour "rompre l'isolement" des seniors

"C'est formidable un séjour comme ça, ça me fait sortir de mes habitudes, de ma solitude": comme Odette, 90 ans, des milliers de personnes âgées bénéficient chaque année d'un coup de pouce financier pour partir quelques jours en vacances, dans un cadre adapté à leur autonomie réduite.

Pendant cinq jours, la vieille dame, qui a des difficultés à marcher, a posé ses valises dans un village de vacances à Forges-les-Eaux, en Normandie, avec 13 autres seniors venus comme elle de Hazebrouck, entre Lille et Dunkerque.

Au programme: excursions en bord de mer ou dans des villages pittoresques, thé dansant, soirée karaoké ou après-midi crêpes. Le tout pour 193 euros, hors transport, grâce à une subvention de 150 euros accordée par l'Agence nationale des chèques vacances (ANCV).

Cet organisme public, qui finance ses actions sociales grâce à la vente aux comités d'entreprises des chèques distribués aux salariés, a consacré en 2019 quelque 9 millions d'euros pour aider 85.000 seniors à s'évader. Plus de 650.000 personnes, dont 25.000 aidants, ont bénéficié de ce programme depuis 2007.

Après un creux dû au Covid, les réservations repartent à la hausse et plus de 60.000 vacanciers de plus de 60 ans se sont déjà inscrits cette année, auprès de différents porteurs de projets qui proposent quelque 200 destinations.

L'aide de 150 euros (ou 180 euros pour un séjour de huit jours) est soumise à un plafond de revenu, sauf pour les proches aidants. Mais les seniors non éligibles à la subvention peuvent partir aussi: "Des gens qui sortent peu de chez eux, qui n'ont pas de +culture vacances+ et cherchent à rompre leur isolement", détaille Dominique Ktorza, en charge des politiques sociales à l'ANCV. Or, "le maintien du lien social contribue à prévenir la dépendance", insiste-t-elle.

Lorsque Arlette, 84 ans (et qui comme Odette préfère ne pas donner son nom de famille), s'est vu proposer ce séjour par son organisme d'aide à domicile, elle a "tout de suite dit oui!". "Je voulais partir de chez moi, j'avais envie de vacances", dit la vieille dame, atteinte de la maladie de Parkinson et qui apprécie de ne devoir "s'occuper de rien".

- "Les visages parlent" -

Odette, qui se déplace avec un déambulateur, confie en revanche "avoir hésité". Mais l'ancienne institutrice a finalement été rassurée, car douze "aidants" sont également du voyage: en l'occurrence, des élèves en bac pro "services à la personne" au lycée Depoorter de Hazebrouck, qui se destinent aux métiers de l'aide aux personnes âgées.

Pendant ce stage de cinq jours, les lycéens aident les seniors pour la toilette du matin, mangent à leur table, participent aux activités communes et poussent les fauteuils roulants pendant les excursions.

"J'ai été animatrice pour enfants, mais je n'aurais jamais pensé partir avec des personnes âgées!", sourit Marie Declercq, 20 ans, l'une des stagiaires accompagnantes. "J'avais un peu d'appréhension, mais tout se passe très bien", confie la jeune femme, qui ambitionne de travailler dans l'aide à domicile pour les seniors, un métier certes mal payé, mais "valorisant".

"A partir du moment où on reçoit autant qu'on donne, on est gagnant", analyse Eric Damarey, enseignant au lycée Depoorter et président bénévole de l'organisme d'aide à domicile qui a organisé ce séjour.

"Ici, certains jeunes se révèlent: ils sont attentifs, ils réconfortent, ils sécurisent", se félicite le professeur. Et les personnes âgées "sont satisfaites, c'est évident: les yeux et les visages parlent", poursuit-il.

Organiser ainsi des séjours pour des seniors à l'autonomie déclinante, est sans doute "plus courant que ce qu'on imagine, simplement on n'en parle pas", ajoute le responsable associatif. "Les personnes âgées qui bénéficient de ces moments-là, ça ne se voit peut-être pas, mais en tout cas ça se vit!", sourit-il.

Et après de telles vacances, "beaucoup de seniors repartent ensemble par la suite: des liens se créent", observe Mme Ktorza, de l'ANCV.

Odette, elle, se verrait bien repartir l'an prochain, "mais pas au même endroit: il faut changer!"

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