Pour ces parents, TikTok "finit par leur faire croire que se suicider est une libération": cinq familles ont témoigné mardi à Paris de la descente aux enfers de leurs enfants à cause de l'application, un des réseaux sociaux dont l'interdiction au moins de 15 ans sera prochainement examinée au Parlement.
Rassemblés au sein d'un café parisien sous l'égide du collectif Algos Victima, qui les accompagne, ils ont aussi raconté l'effroi ressenti lorsqu'ils ont découvert la "vie parallèle" de leurs enfants, comme l'a expliqué la mère d'une adolescente de 18 ans harcelée dans son établissement et qui a vu sa santé mentale plonger.
Quand Marie, 15 ans, "s'en va" le 16 septembre 2021 à Cassis (Bouches-du-Rhône), "je rentre sur son téléphone et là je découvre l'horreur: des contenus mortifères, des jeunes filles qui pleurent, des adolescents en détresse absolue", relate une autre mère, qui comme les autres n'a pas donné son nom.
Elle réalise alors que "TikTok sélectionne, hiérarchise les contenus", poursuit-elle. "Nos enfants ne sont plus maîtres de ce qu'ils regardent" et sont enfermés dans une "prison mentale", estime-t-elle.
"Ma plus grande souffrance à moi, c'est de savoir ce qu'elle a souffert et qu'elle n'a pas eu d'autre moyen à 16 ans que de faire ce qu'elle a fait", souffle, très émue, la mère d'Emma, décédée en janvier 2021 en région parisienne.
TikTok rejette ces allégations et assure disposer d'outils de modération de ses contenus pour les plus jeunes.
Représentée par Me Laure Boutron-Marmion, fondatrice d'Algos Victima, la famille de Marie a poursuivi le réseau social.
L'avocate a également porté un recours collectif en responsabilité devant le tribunal de Créteil au nom de sept familles meurtries par le suicide ou la tentative de suicide de leurs enfants.
"Jamais personne ne s'est posé la question d'interdire aux enfants ce qui n'était pas bon", déplore encore la mère d'Emma. "On interdit les armes, les films pornographiques, pourquoi pas les réseaux sociaux ?"
Face à ces "plateformes surpuissantes", la députée macroniste Laure Miller a exprimé après leurs témoignages son soutien aux familles et son espoir que le projet de loi soit adopté pour interdire aux moins de 15 ans l'accès à un "océan de contenus néfastes".
Le texte, qui doit être examiné le 26 janvier et fait suite aux travaux d'une commission d'enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, est l'une des nombreuses initiatives sur le sujet actuellement, entre un texte sénatorial et un projet de loi gouvernemental.