Un "système mortifère": des centaines de manifestants se sont rassemblés mercredi près de l'Assemblée nationale avant un débat sur la loi Duplomb pour protester contre les textes législatifs promouvant les pesticides ou l'agrandissement des élevages.
"Arrêtez de polluer, on peut plus soigner", "Les pesticides tuent" pouvait-on lire sur les pancartes, drapeaux et banderoles déployés place des Invalides, à Paris, où des centaines de personnes sont venues à l'appel de plus de 200 organisations.
Des représentants de Greenpeace, du collectif Nourrir, de la Confédération paysanne (troisième syndicat agricole), de la fédération des agriculteurs bio (Fnab), mais aussi d'associations de victimes de cancer et des étudiants de l'école AgroParisTech ont pris la parole pour dénoncer un "système mortifère".
Ces mêmes organisations s'étaient mobilisées tout au long de l'année 2025 et jusqu'au week-end dernier pour protester contre la loi dite Duplomb, qui facilite l'agrandissement des élevages et la construction de retenues d'eau.
Après une pétition qui a rassemblé plus de deux millions de signatures contre ce texte, le Conseil constitutionnel a censuré en août sa mesure principale: la réintroduction de l'acétamipride, un pesticide néonicotinoïde nocif pour la biodiversité, interdit en France, mais autorisé ailleurs en Europe jusqu'en 2033.
Cela n'a pas découragé le sénateur LR Laurent Duplomb qui a déposé une nouvelle proposition de loi pour autoriser à nouveau notamment ce produit, tandis que le gouvernement travaille sur une loi "d'urgence agricole" qui devrait s'aligner sur les demandes du premier syndicat agricole, la FNSEA, sur l'eau, la prédation et les "moyens de production", donc les pesticides.
"Avec les 2 millions de signataires de cette mobilisation d'ampleur, nous nous sommes soulevés face à toutes ces attaques, face à celles et ceux qui votent des lois qui nous empoisonnent, qui contaminent nos sols, notre eau et qui accélèrent la chute du monde paysan par l'agrandissement des exploitations", s'est insurgée mardi Sandy Olivar Calvo de Greenpeace.
"La loi Duplomb n'est que la partie émergée de l'iceberg", a-t-elle ajouté.
"Nous, paysannes et paysans, on ne veut pas faire partie de ce système qui tue", a lancé Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne, demandant la démission de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard qui avait soutenu la loi Duplomb.
Des étudiants d'AgroParisTech, futurs ingénieurs agronomes, ont dénoncé une formation trop alignée sur les intérêts de l'agro-industrie et de l'agro-chimie. "Nous voulons soutenir les agriculteurs et agricultrices par l'utilisation de solutions durables" et non "chimiques", ont lancé deux étudiantes.
Deux agriculteurs ont ensuite pris la parole: "Nous sommes des paysans atteints de cancers liés aux pesticides. Nous avons reconverti nos deux exploitations en agriculture biologique en 1998, après avoir pratiqué en agriculture chimique pendant 25 ans à la suite de nos parents. Trop tard".
"Nous ne sommes pas les seules victimes et l'immense majorité des paysans atteints de cancer ignorent la procédure de reconnaissance de maladie professionnelle", ont-ils ajouté, dénonçant le "refus" des autorités d'écouter les "alertes des médecins" et scientifiques.
Muriel, une militante du collectif Cancer Colère, a, elle, estimé, à la veille d'une chimiothérapie, que ce cancer n'était pas le sien mais celui de choses qu'elle ne maîtrise pas comme la "pulvérisation" des vignes à côté desquelles elle vit.