Drones, hélicoptère et périmètre verrouillé: un vaste dispositif de sécurité a été déployé dimanche dans la Meuse pour encadrer une manifestation, interdite par la préfecture, contre le projet d'enfouissement de déchets nucléaires hautement radioactifs à Bure, défilé qui n'a finalement rassemblé que quelques dizaines de personnes.
Quelque 85 militants, selon la préfecture, ont quitté en milieu d'après-midi l'ancienne gare de Luméville, haut lieu de la protestation, pour rejoindre le village de Mandres-en-Barrois, distant de quelques kilomètres, dans la campagne meusienne, a constaté une journaliste de l'AFP.
En cette journée ensoleillée de printemps, les militants ont défilé dans le calme. Un hélicoptère et des drones ont survolé la zone.
La préfecture a évoqué dimanche un dispositif de sécurité "adapté à la menace", avec de nombreux contrôles de gendarmerie.
Des zones d'exclusion, interdisant la circulation des personnes et des véhicules, avaient été mises en place, en particulier autour des installations de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), porteuse du projet Cigéo.
"Les gens qui arrivent nous disent: mais vous êtes complètement cernés! C'est incroyable le nombre de camionnettes qu'il peut y avoir, de grosses camionnettes de gardes mobiles", témoigne Agathe, une co-organisatrice de l'événement, qui veut rester anonyme.
- "Protéger les générations futures"
La manifestation avait été interdite jeudi faute d'avoir fait l'objet d'une déclaration. Aucun organisateur ne s'était par ailleurs identifié.
"Les informations recueillies font état de la présence attendue de groupes radicaux, susceptibles de recourir à des actions violentes", avait dit la préfecture.
"On essaie de militer dans la joie et la bonne humeur", dit à l'AFP Philippe Mante, adjoint pour la transition écologique à la mairie du 19e arrondissement de Paris, venu "soutenir les camarades et les habitants ici qui sont mobilisés". Il s'agit de "montrer qu'on peut lutter contre le nucléaire, et que tous les militants qui sont là ne sont pas des affreux militants extrêmement violents, avec des masques et des cagoules noires", ajoute l'élu local.
"Le projet Cigéo, c'est: on creuse un grand trou à 500 mètres sous terre et on y met, on y enfouit, on y dissimule les pires déchets toxiques jamais produits", dénonce la co-organisatrice Agathe, déplorant que les autorités déploient "un arsenal militaire de guerre" contre des militants seulement soucieux de "protéger les générations futures".
Cette marche, qui clôture une semaine de mobilisation, vise en particulier à dénoncer l'évacuation imminente de l'ancienne gare de Luméville, devenue depuis 2007 le quartier général dans la région des opposants au projet.
La gare - qui accueille rencontres festives, conférences, spectacles militants mais aussi une activité de maraîchage - se situe sur la ligne de la future voie ferrée qui doit, si le projet aboutit, acheminer les déchets nucléaires vers le bâtiment de conditionnement avant leur enfouissement.
- Expulsion d'ici le 6 mai
Depuis la déclaration d'utilité publique de Cigéo en 2022, l'Andra est propriétaire des lieux et a obtenu que ces occupants soient expulsés. Dimanche, ces derniers ont installé des barricades aux abords de la gare, fracturant notamment la chaussée sur la RD138 à l'aide de pioches, dont un tronçon sera fermé à la circulation, a indiqué la préfecture.
Cité par le journal l'Est républicain, le préfet Xavier Delarue avait récemment déclaré que l'évacuation aurait lieu avant son départ prévu le 6 mai.
Lancé en 1991, le projet Cigéo prévoit l'enfouissement à partir de 2050 de 83.000 mètres cubes de déchets de centrales nucléaires devant rester hautement radioactifs pendant plusieurs centaines de milliers d'années.
Son coût est estimé par l'État à 33,36 milliards d'euros, bien plus que les 25 milliards envisagés en 2016 par les autorités.
En septembre, entre 700 et 2.000 personnes, selon les autorités et les organisateurs, avaient manifesté sur les lieux, dont quelque 200 militants black bloc, vêtus de noir et le visage dissimulé. Des projectiles avaient été lancés en direction des gendarmes, qui avaient répliqué avec des gaz lacrymogènes.