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Décharges sauvages du bâtiment: les fabricants de matériaux vont financer le recyclage

Deux ans après la mort du maire de Signes dans le Var, renversé par une camionnette qui tentait de déposer des gravats à la sauvette dans une décharge sauvage, la collecte et le recyclage des déchets progressent en France, mais lentement.

Vendredi, 26 entreprises de fabrication de matériaux de construction ont annoncé la naissance d'un nouvel éco-organisme, Valobat, qui sera chargé de développer la collecte et le recyclage de tous les matériaux de construction usagés: plâtre, isolants, canalisations en PVC, bois, robinetterie, tuiles, parquets ou autres revêtements de sol plastiques, mais aussi béton, terre, ciment, que l'on retrouve parfois en tas au bord des champs ou au milieu des forêts.

Principale innovation du nouveau système, issu de la loi AGEC relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire de février 2020: les artisans de la construction pourront bénéficier d'une reprise gratuite de leurs déchets à condition qu'ils soient triés.

De quoi éviter les "déballes" sauvages pour ne pas payer les redevances prévues aux déchetteries.

Ce sont les producteurs de matériaux, fondateurs de Valobat (Saint-Gobain, Hansgrohe, Nexans, Prysmian, Gerflor, Isover, Rexel, Tarkett, Rockwool, Schneider Electric ou Legrand..), qui financeront le système. Avec le risque de voir augmenter leurs prix de vente, déjà dopés actuellement par les pénuries de matériaux.

Car Valobat devra aussi gérer la collecte et le traitement des décharges sauvages, le développement de filières de recyclage et le renforcement du maillage territorial des points de collecte avec les collectivités locales et les entreprises.

Au total, les gravats issus du bâtiment représentent 46 millions de tonnes chaque année en France, dont 10 millions de tonnes de déchets de second oeuvre, sur un total de plus de 300 millions de tonnes de déchets produits par les ménages et les entreprises

En mars de l'an passé, l'association Robin des Bois avait dénoncé une décharge de près de 10.000 tonnes de déchets issus du BTP au bord de la Seine dans l'Eure.

En février de la même année, le nettoiement de la "mer de déchets" des Yvelines, à Carrières-sous-Poissy, où s'entassaient 38.000 m3 de gravats sur 330 hectares provenant de chantiers franciliens, a dû être financée par le département.

Le sujet avait surtout ému lors du décès de Jean-Mathieu Michel, 76 ans, maire de la petite commune de Signes dans le Var, le 6 août 2019: mort pour des gravats, il avait été renversé par une camionnette qui tentait de déposer des déchets sur une décharge illégale privée.

Dans la foulée, les professionnels devront aussi bientôt établir dans chaque devis de travaux une estimation de la quantité de déchets générée, avec amendes à la clé pour les récalcitrants.

-- déchets ménagers pendant la crise sanitaire --

Dans le domaine voisin des emballages et des déchets ménagers, Citeo, l'eco-organisme qui chapeaute collecte et recyclage depuis 1992, s'est félicité, vendredi également, que la "filière ait tenu le choc" en 2020, malgré un ralentissement pendant la crise sanitaire.

Ainsi le taux de recyclage des emballages s'est établi l'an passé à 68% contre 68,8% en 2019: les tonnages triés ont bien progressé de 50.000 tonnes, mais la production de déchets ménagers elle-même a fait un bond encore plus important (+120.000 tonnes), avec une consommation recentrée sur le domicile, analyse Antoine Robichon, directeur-général adjoint de Citeo.

Parmi ce qui est collecté et trié, l'acier (boites de conserve) est recyclé à 100%, le verre à 85%, le carton à 64%, et le papier a augmenté de 57 à 60% en 2020.

Reste le problème du plastique, dont le taux de recyclage moyen est resté à 28%. "Un enjeu majeur" selon M. Robichon, à condition que les pouvoirs publics clarifient leurs priorités entre recyclage et interdiction du plastique à usage unique.

"Pour développer une filière de recyclage, qui nécessite de lourds investissements, les industriels ont besoin d'assurer un flux constant dans leurs usines" explique-t-il.

Dans la catégorie progrès, Citeo a noté que désormais 65% des emballages plastiques sont "parfaitement recyclables" contre 50% il y a quelques années. Quelque 15% appartiennent à des filières de recyclage "en cours de construction". Seuls 20% sont "sans solution" technique, comme les paquets de chips ou de café, composés de plastique et d'aluminium.

im/pn/nth

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