Outre la surmortalité, les fortes chaleurs ont un effet moins visible: sous les toits, des corps entrent en décomposition en quelques heures, ce qui rend leur présentation impossible, un "effet traumatisant" pour les familles selon des responsables de pompes funèbres du Nord.
En fin de semaine dernière, en pleine canicule, David Schockaert, employé de pompes funèbres à Lesquin, près de Lille, n'a pu récupérer un corps qu'à 18 heures, neuf heures après sa découverte par la famille, en raison d'un obstacle médico-légal émis par le médecin ayant constaté le décès.
Sous les combles, dans un immeuble de quartier populaire inadapté aux fortes chaleurs, "le corps était tellement abîmé qu'on n'a pas pu le présenter, ce qui est super dur" pour les proches, souligne auprès de l'AFP M. Schockaert, selon qui "95% des familles demandent à ce que le défunt soit présenté" au funérarium avant les obsèques.
"C'est toujours l'effet traumatisant, (...) c'est ce qu'il y a de plus difficile pour que les familles puissent effectivement faire leur deuil", reconnaît Benoît Hue, président du groupe funéraire Segard et Buisine auquel appartient l'agence où travaille M. Schockaert.
Pendant la pandémie de Covid-19, il rappelle que les corps ne pouvaient déjà pas être présentés aux proches, pour des raisons sanitaires.
Au cours de la canicule de juin, le groupe Segard et Buisine a fait face à "40 à 45%" de décès à domicile, souvent sous les toits, contre 10 à 15% d'ordinaire, selon Benoît Hue.
L'agence de Lesquin a dû traiter huit décès en dix jours, "une grosse activité" selon David Schockaert. Parmi ces décès, trois sont liés à la canicule selon lui: des personnes "pas très âgées" - d'une cinquantaine d'années pour deux d'entre elles - qui avaient des problèmes cardiaques et sont mortes à domicile.
D'après Santé publique France, le nombre de décès a augmenté de près de 30% en France lors de la semaine du 22 juin, durant laquelle la France métropolitaine a été touchée par une canicule historique, rivalisant avec celle d'août 2003.
Dans les Pays-de-la-Loire, l'une des régions où la surmortalité a été la plus forte la semaine dernière, les pompes funèbres Gérard et fils, basées à Vallet (Loire-Atlantique), ont connu "des pics" de décès, principalement de personnes de 70 ans et plus, souvent suivis de journées "plus calmes", selon le gérant, Thomas Gérard.