Maurice Freund, figure d'un "tourisme équitable" en Afrique et directeur d'une agence de voyages solidaire opérant en particulier au Sahel, est mort samedi à 83 ans, a indiqué dimanche son fils à l'AFP.
"C'était un personnage hors du commun. Il a réussi à monter des business qui marchaient en restant toujours dans l'économie solidaire, dans le partage avec les peuples du Sahel", a déclaré le fils du voyagiste, Philippe Freund, joint par téléphone.
Né en Alsace en 1943 d'un père "malgré-nous" (Français enrôlé de force dans l'armée allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale) et d'une mère ouvrière, Maurice Freund fut un précurseur du "voyage pour tous", en fondant en 1965 à Mulhouse l'association Le Point, qui deviendra Le Point Mulhouse, puis Point Air, l'une des premières compagnies charters françaises.
Son fils raconte comment "des centaines de milliers de +pointistes+ empruntèrent dans les années 1970 et 80 les vols charter organisés par l'association" vers la Réunion, l'Inde, l'Amérique latine ou l'Afrique.
"Il voulait briser le monopole d'Air France" pour "démocratiser les voyages".
Parmi les moments forts des années 80 figurent les vols vers le Burkina Faso de Thomas Sankara, président anti-impérialiste assassiné en 1987. "C'est grâce à Sankara qu'il a rencontré Pierre Rabhi (figure de l'agroécologie, NDLR)", avec lequel il a travaillé au développement de jardins agroécologiques en Afrique de l'Ouest, raconte Philippe Freund.
En 1995, alors qu'un accord de paix fragile se met en place entre rebelles touaregs et autorités de Bamako, il fonde une coopérative, Point-Afrique, pour relancer les voyages dans le nord du Mali, puis dans tout le Sahel.
Selon le site de l'organisation, l'ensemble des bénéfices générés par les activités du Point-Afrique sont réinvestis, notamment pour financer des projets partenaires, de la formation ou du micro-crédit.
En 2022, à bientôt 80 ans, Maurice Freund se demandait sur son blog si le tourisme avait "encore un sens en ces temps où le besoin de sobriété, de solidarité et de fin d'abondance (pour reprendre les concepts chers à mon ami Pierre Rabhi) sont claironnés à tout va par nos politiques et nos médias".
"Pour Point-Afrique, le tourisme n'a jamais été une fin en soi, mais un outil de lutte contre l'injustice et la pauvreté", ajoutait-il.
A l'AFP, il avait déclaré lors d'un voyage dans l'Adrar mauritanien en 2018: "Le tourisme n'est qu'un outil pour la paix".