Dans les champs, la bataille du bon grain et de l'ivraie

Ergot de seigle, vulpin ou digitaire sanguine: alliés d'un climat qui change et ennemis parfois mortels des cultures, champignons ou "mauvaises herbes" invasives sont de plus en plus difficiles à combattre dans les champs.

Cette bataille entre le bon grain et l'ivraie - une envahissante graminée aux épis aplatis - est d'autant plus compliquée que le nombre de substances actives efficaces diminue, soit du fait de l'interdiction de pesticides dangereux pour la santé et la biodiversité, soit du fait d'une résistance des agents pathogènes, ravageurs ou plantes invasives.

L'enjeu est important car, "sans méthode de contrôle pour protéger les cultures, on peut aller jusqu'à 100% de pertes de rendement", souligne Jean-Noël Aubertot, directeur de recherches à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Face à la multiplication des impasses, certains, comme le syndicat agricole dominant FNSEA ou le sénateur LR Laurent Duplomb, proposent la réintroduction en France de pesticides toxiques pour les pollinisateurs; d'autres, comme le 3e syndicat agricole Confédération paysanne, plaident pour un soutien à la transition agroécologique et un "changement profond de système".

Qui sont ces ennemis des cultures?

Parmi les plus redoutables figure l'ergot de seigle, un puissant neurotoxique émanant d'un champignon vénéneux mortel, bien connu pour avoir fait des millions de morts au Moyen-Age mais aussi pour être à l'origine du LSD.

Alors qu'il avait quasiment disparu depuis 50 ans, l'ergot de seigle est de nouveau régulièrement signalé dans les parcelles de blé.

- Impuretés -

En 2024, l'humidité alliée à la douceur a favorisé le champignon et dans certains moulins, "plus de 10% de l'approvisionnement (en blé) ont été refusés pour présence d'ergot", selon un responsable du fabricant de pâtes Panzani.

Du côté des plantes invasives, c'est la résistance aux traitements qui pèse.

Fin 2025, le réseau de réflexion et de recherche sur les résistances aux pesticides (4RP) regroupant des équipes de l'Inrae et de l'agence sanitaire Anses a identifié, pour la première fois, une résistance aux herbicides du panic pied-de-coq et de la digitaire sanguine.

Plante herbacée probablement originaire d'Asie tropicale, le panic pied-de-coq peut fortement réduire les rendements par son caractère très envahissant et ses besoins importants en éléments nutritifs.

"Au-delà de cinq plantes par m2, on observe une chute de rendement de 5%" et "les graines peuvent se conserver dans le sol durant trois à quatre ans", selon le site Ecophytopic, portail officiel de la protection des cultures, géré par le ministère de l'Agriculture et les instituts techniques.

La digitaire sanguine, graminée annuelle, introduit des impuretés indésirables et augmente l'humidité des grains, réduisant les rendements du maïs, tournesol ou sorgho.

Ces deux plantes peuvent notamment être combattues par le labour et un allongement des rotations de cultures.

Plus d'une vingtaine d'adventices sont désormais considérées comme résistantes, dont le vulpin, la folle avoine, le séneçon aux petites fleurs jaunes et la matricaire, dite camomille allemande.