"Comment imaginer l'union?" Une étude de la Fondation Jean-Jaurès publiée vendredi souligne des différences de fond suffisamment importantes sur l'économie et l'Europe pour distinguer deux blocs dans l'électorat de gauche, formés par les sympathisants d'EELV et du PS d'un côté et par ceux de LFI de l'autre.
Les électorats de gauche sont taraudés par l'union à la présidentielle de 2022. Mais loin d'être cantonnées aux seuls dirigeants de parti, les divergences s'observent à la base.
La principale est économique, indique l'étude de la Fondation Jean-Jaurès, fondée sur l'enquête "Fractures françaises" réalisée par Ipsos en septembre dernier et dont elle était partenaire.
L'électorat Insoumis se situe ainsi "bien plus à gauche" sur ce sujet. 49% des Insoumis sont ainsi pour "prendre aux riches pour donner aux pauvres" comme mesure de justice sociale, contre 19 et 21% pour les socialistes et les écologistes.
"La période est-elle à la rupture ou à la continuité", telle est la question cardinale, confie à l'AFP le député LFI et proche de Jean-Luc Mélenchon Alexis Corbière.
La numéro 2 d'EELV Sandra Regol revendique une autre différence, un attachement à la démocratie directe décentralisée tandis que socialistes et Insoumis "sont de la vieille école centralisatrice".
Plus surprenant étant donné l'importance de l'écologie dans le programme de Jean-Luc Mélenchon, l'électorat Insoumis est le moins porté sur ce thème. Seule une part de 24% est d'accord pour des mesures face à l'urgence environnementale "même si cela signifierait modifier en profondeur notre mode de vie", rapporte la Fondation - proche du PS.
"Il y a deux types d'électorat chez LFI, les classes populaires qui privilégient les questions économiques et sociales, et les anciens socialistes souvent plus jeunes et davantage marqués par la question environnementale", explique à l'AFP Antoine Bristielle, chercheur à Sciences Po Grenoble et auteur de l'étude.
- Consensus sur le sociétal -
En conjuguant la sensibilité plus libérale des électorats socialistes et Verts à leur priorisation de l'écologie (32% chez les premiers en faveur de mesures drastiques, 46% chez les seconds), on obtient "un bloc social-écologiste d'une part et un bloc Insoumis d'autre part", analyse le spécialiste de l'opinion.
"Ce n'est pas étonnant parce que toute une partie de l'ancien électorat socialiste a commencé à voter pour nous", remarque l'écolo Sandra Regol.
"EELV et PS représentent deux sensibilités différentes mais sont en recherche de présenter une candidature commune", abonde Christophe Clergeau, membre de la direction socialiste.
A cela s'ajoute la question européenne et le souverainisme. Seuls 41% des Insoumis apprécient l'appartenance de la France à l'Union Européenne, contre 70% des socialistes et 67% des verts.
Ainsi, l'étude montre qu'"il n'est pas naturel d'avoir un seul bloc de gauche" en 2022, note Antoine Bristielle. "Il y aurait des concessions à faire donc ça ne va pas se régler sur un coin de table, trois semaines avant le scrutin".
Or "un tel processus de discussion est très loin de se dessiner" actuellement, relève l'étude, avec un Jean-Luc Mélenchon déjà candidat et des préparations séparées chez EELV et le PS.
Entre les deux blocs, "il n'y a pas deux gauches irréconciliables", veut croire Christophe Clergeau. "Il y a deux cultures dans le rapport à l'action publique, à entrepreneuriat, mais ça ne créée par pour autant un fossé".
Alexis Corbière insiste aussi: "Nous n'avons pas théorisé" les désaccords, et "nous en sommes plutôt actuellement à rechercher la discussion".
D'ailleurs, un domaine majeur dans le débat public semble consensuel à gauche et pourrait faciliter les rapprochements: les questions culturelles, "que ce soit sur les enjeux migratoires, les questions sociétales liées à la PMA, à la GPA et au patriarcat, ou encore sur le rapport à l'autoritarisme", commente la Fondation.
Dernier exemple en date, LFI a écrit à un large arc de partis de gauche mercredi pour organiser une riposte commune sur "l'islamo-gauchisme", et le PS et EELV ont cosigné jeudi un communiqué élargi au PCF sur la nécessité de rouvrir tous les lieux culturels accueillant du public.
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