Dans le Val-de-Marne, un projet d'incinérateur ravive les tensions entre Paris et sa banlieue

"Ce n'est pas un débat droite-gauche, c'est un débat capitale-département du Val-de-Marne": à Vitry-sur-Seine, le projet d'une nouvelle usine d'incinération approuvée par le Conseil de Paris en décembre ravive les tensions entre la capitale et sa banlieue.

Discrètement validée par le Conseil de Paris le 17 décembre, lors du renouvellement de la concession du chauffage urbain parisien au profit de la société Dalkia, cette infrastructure permettrait de produire de la chaleur en brûlant du bois et des combustibles solides de récupération (CSR), des déchets non-recyclables.

Un projet évalué à 1,2 milliard d'euros, selon le site de la Commission nationale du débat public (CNDP).

Mais localement, la pilule ne passe pas toujours.

"La ville de Paris considère que sans en informer quiconque, elle peut se permettre de considérer que toutes les usines ou tous les équipements structurants qui sont nécessaires au bon fonctionnement de la capitale" peuvent être délocalisés en banlieue, fustige le président LR du Val-de-Marne, Olivier Capitanio, joint par l'AFP.

"Je suis d'une génération où je pensais que le rapport de la ville de Paris avec les banlieues avait changé", observe Hocine Tmimi, candidat DVG à la mairie de Vitry-sur-Seine, soutenu par la France insoumise et opposé à cette usine.

Tel que le propose Dalkia, filiale d'EDF, cet incinérateur participerait au verdissement du réseau de chauffage urbain de Paris, qui repose encore largement sur l'usage du gaz.

"Quand j'ai vu le mot verdissement de Paris, je me suis dit mais pourquoi nous, villes populaires, on n'aurait pas le droit au verdissement", confie Hocine Tmimi. Et d'ajouter: "Les gens sentent vraiment une omerta, une opacité" autour de ce futur incinérateur.

Sollicitée par l'AFP au moment où le projet a été connu du public, fin janvier, la mairie de Paris a expliqué que la période de l'appel d'offres avait "suspendu temporairement (le) dialogue pour des raisons de confidentialité" et souligné que "celui-ci pourra reprendre très rapidement".

Une concertation préalable devrait s'ouvrir cet été, sous l'égide de la CNDP.

- "Désenfumer le débat" -

A Vitry-sur-Seine, ville populaire de près de 100.000 habitants située à 4 kilomètres au sud de Paris, le sujet s'est sans surprise invité dans la campagne municipale, à moins d'un mois du premier tour.

Pour le maire sortant communiste, qui fera face à la concurrence insoumise, il faut avant tout "désenfumer le débat".

"On est tous inquiets mais on ne gouverne pas par la peur", estime Pierre Bell-Loch, qui se dit "opposé à tout ce qui peut mettre en danger la santé de (ses) habitants". Une "ligne rouge", insiste-t-il.

"Maintenant, quand on me présente un projet qui viendrait créer des centaines d'emplois, réduirait la pollution pour les habitants et leur facture pour le chauffage, j'écoute", explique M. Bell-Loch.

Dans cette commune du Val-de-Marne, département où trois sites ont déjà recours à l'incinération, la nouvelle usine est planifiée à l'horizon 2031 à la place d'une centrale thermique EDF à l'arrêt depuis 2015.

Un terrain de 6,7 hectares s'ouvrant sur la Seine, où culminent encore aujourd'hui à plus de cent mètres de haut les deux anciennes cheminées EDF, comme un symbole du passé industriel de la ville.

A une dizaine de kilomètres plus au sud, une plateforme de transfert serait par ailleurs mise sur pied à Ris-Orangis (Essonne) pour acheminer les combustibles par voie fluviale.

Contacté par l'AFP, le maire socialiste de cette ville assure ne pas avoir "validé ce type d'activité sur (son) territoire".

"On a trop l'habitude en grande couronne (...) de servir de back-office, d'arrière-boutique" de la capitale, regrette le maire Stéphane Raffalli.

"Nos territoires accueillent des centres commerciaux, des zones logistiques, des data centers, mais on rêve à d'autres choses!", résume-t-il.

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