"Un petit air d'apocalypse". Commerces fermés, plages polluées, contenus des frigos à jeter: des dizaines de milliers d'habitants du Finistère doivent faire face à une coupure générale de courant mercredi, au coeur d'une canicule historique.
"On est bien embêtées", soupire Jocelyne Poitevin, la maire (divers droite) de Douarnenez, en pénétrant par une porte détournée dans l'hôtel de ville surchauffé.
Les portes automatiques de l'entrée principale ne fonctionnent plus faute d'électricité. Et les rendez-vous prévus pour établir des papiers d'identité ont été annulés, les ordinateurs étant à l'arrêt.
Dans le hall, les deux agentes d'accueil se sont installées sur une chaise, face à une petite table, avec gourde, une feuille blanche et un éventail à la main.
"Les gens cherchent à avoir des informations sur les raisons de la panne. On essaie de les rassurer, c'est le but", sourit Nathalie Gueguen, 52 ans, lunettes épaisses et robe à fleurs.
"Par hasard, pour recharger un téléphone, on peut pas ici?", tente Hélène (elle n'a pas voulu donner son nom), 70 ans, chapeau et éventail à la main.
"Non, mais n'hésitez pas à repasser: on aura peut-être des informations un peu plus fraîches", plaisante Nathalie.
Environ 68.000 foyers étaient privés d'électricité mercredi dans le sud-ouest du Finistère, à la suite de l'incendie d'un transformateur lié aux fortes chaleurs. Le département est placé en vigilance rouge pour canicule depuis lundi.
La ville portuaire de Douarnenez (14.000 habitants) est coupée en deux mercredi, une partie étant privée d'électricité, tandis que d'autres quartiers fonctionnaient presque normalement.
De nombreux commerces n'ont même pas pu remonter leur rideau métallique, faute de courant. "Panne générale, bureau fermé", annonce une affichette à l'entrée des locaux de la Poste centrale, où les clients tentent sans succès de retirer de l'argent au distributeur automatique.
"Ça fait un petit air d'apocalypse, j'aime bien", sourie Marion, une factrice de 30 ans, dont la tournée a été raccourcie par la fermeture de nombreux commerces.
- "Catastrophe"-
A l'épicerie locale, dont le rideau métallique est à moitié ouvert, la gérante Céline Bigot a dû vider tous ses frigos, remplis de viandes, fromages, yaourts et glaces. "On n'a pas l'habitude des fortes chaleurs en Bretagne, c'est un peu la catastrophe", dit-elle, en évaluant ses pertes entre 2.000 et 3.000 euros.
Météo-France prévoit une température maximale de 36°C mercredi à Douarnenez, soit 16°C au-dessus des normales pour un mois de juin.
A l'épicerie sociale du centre communal d'action sociale (CCAS), les travailleurs sociaux envisagent eux aussi de jeter des denrées alimentaires destinées aux foyers défavorisés, si la coupure persistait.
"Les congélateurs étaient pleins", déplore Mme Poitevin.
Cette coupure "incommode tout le monde et met peut-être des personnes en danger", ajoute l'élue. "Notre souci, c'est de repérer les personnes vulnérables mais ce n'est pas facile de les joindre."
Avec des batteries de téléphones mobiles souvent déchargées et des lignes fixes ne fonctionnant pas, l'exercice est une gageure pour les agents du CCAS, renforcés par d'autres employés de la mairie en fin de matinée.
"C'est là qu'on voit qu'on est très dépendant de l'électricité", lâche Sylvie Cornu, 74 ans, attablée dans sa cuisine, fenêtres fermées. "Le voisin d'en face ne peut même plus rentrer chez lui avec son digicode. Il doit appeler quelqu'un pour qu'on lui ouvre."
Conséquence inattendue de la coupure de courant: trois plages ont été fermées "jusqu'à nouvel ordre", au moment où les habitants ont le plus besoin de se rafraîchir. Faute d'électricité, des "stations de relevage" ne fonctionnent plus et les eaux usées se sont déversées directement dans la mer.