A 80 mètres du sol, elle a relié les deux plus hauts terrils d'Europe en équilibre sur un fil: au son des "Corons" de Pierre Bachelet, la funambule Tatiana-Mosio Bongonga a été applaudie dimanche par plus de 9.000 spectateurs venus admirer sa performance au coeur du bassin minier du Pas-de-Calais.
L'artiste de 42 ans - qui avait déjà traversé les quartiers populaires de Saint-Denis et le Stade de France, en prélude aux JO de Paris, ou relié deux tours emblématiques de Montpellier - a parcouru ce trajet de 400 mètres sur un fil d'à peine 16 millimètres de diamètre.
La pluie du matin a cessé, et le ciel est dégagé lorsque la funambule quitte la pointe d'un des terrils jumeaux, ces petites montagnes noires pyramidales constituées de résidus miniers, qui dominent la petite ville de Loos-en-Gohelle, au coeur de cette région inscrite au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.
Costume argenté brillant au soleil, elle avance doucement, sans attache de sécurité, seulement munie d'un balancier. Et prend le temps, au fil de sa progression, de s'assoir sur le fil, de saluer le public les deux bras levés, ou de se suspendre sous le câble, multipliant figures acrobatiques et grands écarts.
Au flanc des terrils, qui culminent à 186 mètres d'altitude, une centaine d'assistants bénévoles limitent, grâce à des cordes, les oscillations du fil.
Musiciens bénévoles et choristes locaux accompagnent la progression, reprenant notamment "Les Corons" de Pierre Bachelet, aux côtés des membres de la compagnie Basinga, fondée par l'artiste et son compère Jan Naets il y a une douzaine d'années.
Après un parcours de 36 minutes, l'équilibriste salue une dernière fois le public et pose les pieds sur le terril opposé.
"C'était un beau moment", savoure-t-elle une fois redescendue sur terre. Sur son fil, l'artiste confie qu'elle "ne faisait pas la maligne" à cause des "petites rafales" de vent. "Mais j'ai pu profiter, j'ai pu voir le public, j'ai pu me rendre compte de cette hauteur, dont je n'ai pas l'habitude", décrit la quadragénaire, qui disposait tout de même d'un mousqueton et d'une petite longe dissimulés sous son costume pour s'accrocher au fil en cas de difficulté.
"Ces terrils, ce sont nos joyaux", souligne de son côté le maire de Loos-en-Gohelle, Geoffrey Mathon. "Ils racontent l'histoire de 150 années d'activité charbonnière", achevée dans les années 1980, et celle "d'une ville résiliente, qui essaie d'être pionnière en matière de transition écologique". "Et rien de tel que de super défis pour le faire", s'enthousiasme l'édile.