Abonnez-vous

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité.

Dans la compétition alimentaire mondiale, la France perd des points à domicile

Légumes, fruits ou poulets tricolores ne cessent de perdre du terrain face à la concurrence des produits étrangers moins chers: "la souveraineté alimentaire de la France est en danger", ont alerté mardi les organisations agricoles majoritaires, appelant à "un sursaut" les décideurs politiques, au premier rang desquels le président Emmanuel Macron.

"Depuis des années la production décroît en France", a déploré auprès de l'AFP la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, en marge d'un "Grand rendez-vous de la souveraineté alimentaire" organisé mardi en visioconférence par le Conseil de l'Agriculture française (CAF).

"Cette dépendance aux importations crée une deuxième dépendance qui est encore plus dangereuse, c'est en fait une dépendance à des systèmes de production qui ne respectent pas aujourd'hui nos propres standards de production", a déclaré le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, en ouverture de ce rendez-vous.

Pour contrer ce risque, il a souhaité que la France promeuve, dans le cadre des accords de libre-échange, le principe des "clauses miroirs", qui permettent de vérifier si les normes sanitaires des produits importés sont équivalentes aux normes du pays dans lequel ils arrivent. Il a désigné la présidence française de l'Union européenne, au premier semestre 2022, comme une bonne occasion pour avancer sur ce dossier.

Ce colloque, auquel ont participé notamment la ministre de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher et le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton, doit s'achever sur un entretien pré-enregistré du chef de l'Etat, en réponse à des questions d'agriculteurs.

"Nous avons perdu 14% de la sole (terre labourable) de culture de légumes en France alors que l'Allemagne a augmenté la sienne de 40% et les Pays-Bas de 25%, sur les vingt dernières années", relève Christiane Lambert.

La part de légumes importés dans nos assiettes a crû de 28% à 41% entre 2000 et 2019, selon l'interprofession des fruits et légumes Interfel. Pour les fruits, la progression est encore plus marquée, la France important aujourd'hui près de 60% du contenu de nos corbeilles, contre 43% en 2000.

Et 40% de la viande de poulet est importée.

Les causes de ce "déclin" sont multiples, souligne Christiane Lambert, qui souhaite, au même titre que l'industrie, "relocaliser les productions" agricoles.

"Depuis 15 ans, le nombre d'entreprises agroalimentaires (françaises) a baissé de 15%, notamment parmi les TPE et PME, alors que l'Allemagne et l'Italie ont suivi le chemin inverse, dit-elle.

S'il est de bon ton, depuis la survenue du Covid-19, de dire que la chaîne alimentaire française a tenu, la crise sanitaire a mis en lumière un déclin du secteur agroalimentaire du pays et avec lui de l'autonomie alimentaire nationale.

Déléguer notre alimentation serait "une folie", avait estimé le président Emmanuel Macron dès le 12 mars 2020, au début de la crise en France.

- La question du coût -

Alors pourquoi cette perte de terrain ? "La France impose des règles sociales -coût du travail et des charges sociales-, sanitaires, avec des normes toujours plus élevées, des interdictions pour des produits phytosanitaires, qui n'existent pas ailleurs.

Du coup on ne cultive plus chez nous et on importe des aliments traités avec le même produit", déclare Christiane Lambert, dans un début d'explication à ce déficit de compétitivité.

La France reste le premier producteur agricole européen en chiffre d'affaires mais "elle s'est fait doubler par l'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark" pour les exportations, remarque la patronne de la FNSEA.

De ce grand Rendez-vous, les organisateurs attendent d'abord une "prise de conscience" des enjeux par les politiques.

Ils insistent sur la nécessité que les agriculteurs bénéficient de prix qui couvrent leur coûts. Ils demandent que les accords commerciaux avec les autres régions du monde "soient cohérents afin que l'on n'importe pas ce dont on ne veut pas" en production en France, selon Mme Lambert.

Pour la Confédération paysanne, opposée à l'agriculture intensive, ce colloque "sur la souveraineté alimentaire sans changement d'orientation agricole n'est que du baratin".

"Réutiliser un vocabulaire, en détourner le sens afin de donner l'illusion d'évolution, sans rompre avec les recettes passées et les politiques agricoles actuelles, pour ne finalement rien changer aux pratiques agricoles actuelles: voici le véritable programme de cette journée", considère ce syndicat agricole dans un communiqué.

Poster un commentaire
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.
Déjà membre ? Je me connecte.
Je ne suis pas encore membre, Je crée mon compte.