Dans la canicule parisienne, des coureurs insistent pour "maintenir la cadence"

Le mercure dépasse les 30°C à Paris jeudi et un soleil de plomb règne dans un ciel sans nuage. Des conditions peu optimales voire dangereuses pour l'activité sportive, qui n'effraient cependant pas certains mordus de la course à pied.

Autour du grand bassin octogonal du jardin des Tuileries, loin des points d'ombre, ils se succèdent, trottinant pour certains, à très grandes enjambées pour d'autres, mais tous le visage marqué par l'effort inhabituel qu'ils s'imposent en cette mi-journée.

"Ça va pour l'instant", assure toutefois Grégoire Delage, 33 ans, qui vient de prendre trois grandes gorgées d'eau et de mouiller sa tête à la fontaine. "Il faut se forcer, je ne suis pas parti pour un marathon, donc c'est bon", tempère-t-il, avant de s'éloigner à un pas soutenu.

La canicule accroît pourtant le risque de conséquences dramatiques. Dimanche, un quinquagénaire est décédé lors d'une course de 10 kilomètres dans la capitale, et de nombreux malaises ont été signalés au cours du week-end.

Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires rappellent que des personnes plutôt jeunes décèdent chaque année à cause d'une pratique inconsidérée du sport en période de forte chaleur.

Difficile cependant d'interrompre les habitudes pour Sébastien Le Gall, Parisien de 37 ans, qui court "trois à quatre fois par semaine". "C'est vraiment juste pour me défouler, me vider un peu la tête", explique-t-il à l'AFP.

Mais alors que le soleil est à son zénith et que l'on atteint les températures maximales de la journée, il dit n'avoir eu d'autre choix que de courir sur sa pause du midi. "J'ai des enfants de très bas âge, donc à 6 heures du matin je ne peux pas y aller parce qu'(ils) sont réveillés et je m'occupe d'eux. Le soir, trop tard, je suis fatigué".

Quelques centaines de mètres plus loin, les coureurs longent par dizaines les berges de Seine elles aussi en plein soleil, avec pour seul répit le tunnel des Tuileries, long de près de 900 mètres et réservé depuis 2016 aux piétons et cyclistes, où la température est plus supportable.

En surgissent Stéphanie Pereira, 41 ans, et Grégory Olivier, 42 ans, qui, téléphone à la main, prépare son prochain post Instagram. Il y présentera les "3 règles à respecter" sous grosse chaleur: "bien s'hydrater", "crème et casquette", et "on adapte ses séances, volume, rythme, horaires".

- "Gorge sèche" -

"C'est sûr qu'on ne va pas faire une séance à grosse allure", admet-il à l'AFP, préférant "maintenir une certaine cadence".

Mais malgré les précautions, la température a ses effets. "La gorge sèche rapidement", observe Stéphanie, "du coup moi, je m'arrête un petit peu régulièrement, je ne vais pas pousser mon corps".

Un sportif peut voir son organisme mieux s'adapter s'il s'est préalablement exposé, quotidiennement et pendant une dizaine de jours, à des températures comprises entre 35°C et 40°C, remarquait en 2023 une note publiée par des chercheurs de l'Institut national du sport de l'expertise et de la performance (Insep), de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (Irmes), de Santé publique France et de l'Université de Montpellier.

On peut contrer en partie les risques du coup de chaleur en veillant à une bonne hydratation, puisque "l'évaporation de la sueur joue un rôle essentiel dans la dissipation de l'excès de chaleur". Mais trop boire peut s'avérer inutile, voire dangereux, soulignent les chercheurs, pointant un risque de "troubles intracellulaires importants".

Le mieux souvent étant de restreindre, reporter, voire annuler l'activité physique, concluent-ils.

Mais "si je ne le fais pas maintenant, je ne le fais jamais", remarque Sébastien.

La France connaît depuis samedi un "épisode de chaleur précoce et remarquable", selon Météo-France, qui s'explique par la présence d'un "dôme de chaleur", une zone de haute pression qui bloque l'air chaud en provenance d'Afrique du Nord.