Tout, chez Catherine Ringer, semblait appeler la scène. Une inflexion de voix, un geste ou une grimace suffisaient à faire basculer une chanson dans cet univers fantasque que les Rita Mitsouko avaient construit à deux. Cette liberté, elle l’aura incarnée jusqu’à sa disparition dans la nuit du 14 au 15 septembre, à l’âge de 68 ans.
Avec Fred Chichin, décédé en 2007, elle avait formé l’un des duos les plus singuliers de la pop française. De Marcia Baïla à C’est comme ça, sa voix puissante, ses costumes et sa présence théâtrale lui avaient valu le surnom de "diva destroy". Elle avait ensuite poursuivi sa carrière sous son propre nom et continué à faire vivre le répertoire des Rita Mitsouko dans les salles de concert comme sur les scènes des festivals. Cet été encore, elle devait participer à une lecture musicale à la Maison de la Poésie, finalement annulée pour raisons de santé à la fin du mois de juin.
De ce parcours, on connaissait les chansons, l’audace et l’exubérance. Moins les engagements écologiques d’une artiste qui, loin des grandes tribunes, avait choisi de défendre les espaces de nature situés à quelques kilomètres de chez elle.
"Un des poumons verts du coin"
En octobre 2018, Catherine Ringer rejoint une quinzaine de militants installés sur le chantier de la Corniche des Forts, à Romainville. Sur cette ancienne carrière de gypse, une forêt avait poussé spontanément pendant plusieurs décennies. La Région Île-de-France souhaitait y aménager une nouvelle île de loisirs, tandis que les opposants dénonçaient le défrichement d’une partie du site.
Habitante des Lilas depuis près de vingt ans, la chanteuse connaît bien cette forêt où elle vient régulièrement promener son chien. Elle la décrit alors comme "un des poumons verts du coin" et relie directement sa disparition annoncée au dérèglement climatique.
"On est là pour défendre les arbres, qui freinent le réchauffement climatique", explique-t-elle. Elle insiste également sur les sols marqués par l’histoire industrielle du lieu et sur les services rendus par cette végétation : "Cette forêt assainit les sols, donne de l’air frais."
Cette mobilisation la conduit en novembre 2020 devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Avec deux autres militantes, elle est soupçonnée d’avoir découpé un grillage pour pénétrer sur le chantier. La Région réclame 300 000 euros en réparation de différents préjudices.
Catherine Ringer nie avoir ouvert la clôture, mais revendique sa participation à l’action. "On a fait ça par devoir citoyen", affirme-t-elle devant les juges. Les trois prévenues sont finalement relaxées faute de preuves.
Cette victoire ne sera toutefois que judiciaire. Les travaux se poursuivront jusqu’à l’ouverture de la promenade écologique en 2021, le long d’un bois de vingt hectares présenté comme sanctuarisé par la Région.
Une écologie de proximité
En juillet 2022, un autre chantier conduit Catherine Ringer à se mobiliser. À Bagnolet, le projet de reconstruction de l’école maternelle Pêche-d’Or menace la Bergerie des Malassis, installée depuis plus de dix ans, ainsi qu’une trentaine d’arbres adultes.
La chanteuse rejoint "en voisine" deux actions organisées par les habitants et qualifie le projet d'"aberration". "On ne peut pas raser les trente arbres adultes, magnifiques, et cette bergerie", insiste-t-elle. Elle défend autant la fraîcheur apportée par les arbres que les activités sociales, éducatives et culturelles accueillies sur place.
La mobilisation n’empêchera finalement pas les travaux. À l’été 2022, la bergerie est déplacée de quelques dizaines de mètres pour permettre la reconstruction de l’école, ouverte à la rentrée 2025. Elle parvient néanmoins à poursuivre ses activités, mais sur un terrain considérablement réduit. En mars 2025, elle n’occupait plus que 478 m², contre 2 500 m² auparavant, et abritait 14 chèvres au lieu d’une quarantaine. Une survie en demi-teinte, davantage qu’une véritable victoire.
De la Corniche des Forts aux Malassis, Catherine Ringer aura défendu une écologie à hauteur de quartier, celle des arbres déjà là, de l’ombre qu’ils offrent et des lieux de vie menacés par l’aménagement. Elle avait bien chanté La Petite Planète et figuré à l’affiche de We Love Green. Mais c’est surtout en habitante de Seine-Saint-Denis qu’elle s’engageait, en prêtant sa voix et sa présence aux collectifs mobilisés pour préserver une forêt ou une bergerie. Une facette plus discrète, mais bien réelle, de la "diva destroy".