Crise de l'eau en Guadeloupe: les élus votent un plan d'urgence et sollicitent l'État

Les élus de la Guadeloupe, réunis en congrès à Basse-Terre, ont adopté mercredi soir quatre résolutions pour tenter d'enrayer la crise chronique de l'eau potable dans l'archipel, réclamant à l'État une opération d'intérêt national afin de reconstruire des réseaux qui perdent plus de la moitié de leur eau.

Au terme d'une journée de débats au conseil départemental, parlementaires, présidents de collectivités, intercommunalités et maires ont voté ces textes à la quasi-unanimité, une seule voix s'étant prononcée contre la deuxième résolution.

La Guadeloupe subit depuis une douzaine d'années coupures à répétition et fuites massives: son réseau ne distribue que 45% de l'eau produite, le reste se perdant dans des canalisations vétustes, selon l'Observatoire local de l'eau.

Le gestionnaire du service, le Syndicat mixte de gestion de l'eau et de l'assainissement de la Guadeloupe (SMGEAG), accuse pour sa part un déficit de fonctionnement chronique, estimé entre 30 et 40 millions d'euros pour 2026, auxquels s'ajoutent quelque 160 millions d'euros de dettes, selon le préfet Thierry Devimeux.

Remettre le réseau à niveau coûterait 1,2 milliard d'euros, selon la Chambre régionale des comptes, dont un rapport de juillet 2025 a précipité la convocation du congrès.

Les quatre résolutions prévoient un plan d'urgence pour réparer les fuites et moderniser l'assainissement, un redressement financier du SMGEAG, la création d'une opération d'intérêt national (OIN) assortie de mesures réglementaires dérogatoires, et un volet de solidarité envers les usagers.

Ce dernier comprend un "chèque eau" pour les foyers les plus précaires, une tarification sociale et l'installation de citernes dans toutes les écoles. Le département s'est engagé à débloquer 150 millions d'euros sur quatre ans.

"C'est une très grande satisfaction", a réagi Guy Losbar, président du conseil départemental et initiateur du congrès, saluant "un congrès d'engagement, de décision".

M. Losbar a promis de premières améliorations "au bout de six mois", et fixé l'objectif de porter les réparations à 10.000 fuites par an à l'horizon 2027.

Présent jusqu'au vote, le préfet Thierry Devimeux a prévenu que l'État "n'a pas vocation à se retirer de ce dossier, mais n'a pas vocation non plus à y rester seul", appelant à "mettre de l'argent tous ensemble".

L'État s'est engagé, sous conditions, à financer en 2026 une partie du déficit de fonctionnement du SMGEAG, à hauteur de 14 millions d'euros, après y avoir déjà consacré 65 millions en quatre ans.

La région et le département apporteront quatre millions d'euros chacun, les intercommunalités huit millions. Le président de la région, Ary Chalus, était absent: il est jugé depuis mercredi à Paris pour détournement de fonds publics dans une affaire d'emplois présumés fictifs.

Une régie autonome doit par ailleurs remplacer le syndicat au 1er janvier 2027.