Crèches, formations, espace public: les clés de l'intégration des femmes dans les quartiers

Elles sont près d'un tiers sans emploi, sont plus seules qu'ailleurs pour élever leurs enfants et doivent lutter pour leur place dans l'espace public: dans les quartiers défavorisés, les femmes connaissent davantage inégalités et précarité.

Alors qu'Emmanuel Macron doit annoncer mardi des mesures très attendues pour les banlieues, plusieurs d'entre elles en banlieue parisienne et à Marseille ont confié à l'AFP leurs réflexions pour remédier à cette situation.

- L'emploi -

L'emploi reste le premier des défis. Dans ces quartiers, le taux d'emploi des femmes est de 39%, contre 49% pour les hommes et 61% pour la moyenne nationale des femmes, relève le rapport Borloo sur les banlieues, remis fin avril au président.

Arrivées dans les années 70 grâce au regroupement familial, les femmes sont pourtant "les premières à avoir compris que le retour au pays était un mythe, et qu'il fallait se donner les moyens de rester en France", glisse Fouzia Hamhami, membre d'une association de travailleurs maghrébins.

Elles "ont appris la langue, sont allées travailler"; la prochaine étape est "d'arrêter les petits boulots", ajoute cette habitante d'Argenteuil (Val-d'Oise), qui plaide pour "développer l'entrepreneuriat" et la "formation".

Un avis partagé par Céline Burgos, administratrice du centre social de la Busserine, l'une des cités déshéritées de Marseille. "En général, dans les quartiers, on prend ce qu'on trouve, c'est Quick, McDo ou le ménage", dit-elle. "Il faut financer plus de formations. Récemment on nous a proposé une formation de puéricultrice: c'était 6.000 euros".

- La garde des enfants

Pour favoriser l'emploi des femmes, la création de 30.000 places supplémentaires en crèche est l'une des priorités du rapport Borloo pour ces quartiers qui comptent de nombreuses familles monoparentales.

Originaire du Mali, Djaba, 50 ans, est arrivée en 1989 en Seine-Saint-Denis. Cette mère de cinq enfants travaille depuis 2001 comme agent d'entretien dans un office HLM: avant "je ne pouvais pas, avec les enfants", résume-t-elle. Pour les garder, "j'ai trouvé de l'aide dans la cité. Une voisine s'en occupait. Ou mon mari, qui était là la journée, parce qu'il travaillait la nuit".

"Il n'y a pas assez de structures de garde", confirme Céline Burgos. Et les crèches "sont organisées pour les horaires de bureau seulement, il n'y en a pas à horaires décalés" pour correspondre aux emplois précaires qu'occupent nombre de femmes.

En Seine-et-Marne, ce problème a été détecté il y a une dizaine d'années par les élus locaux, explique Nathalie Borel, responsable de la "Balle au bond", un service original mis en place à la maison de l'emploi de Sénart, pour aider les demandeurs d'emploi à faire garder leurs enfants.

"Confier son enfant à quelqu'un, surtout quand on est en insertion, quand on ne maîtrise pas les aides, qu'on ne sait pas comment les déclencher, ça peut vite devenir insurmontable", confie Mme Borel.

- L'espace public

Autre défi pour ces femmes: prendre toute leur place dans l'espace public, estime Laetitia Nonone, 36 ans, responsable associative en Seine-Saint-Denis. Les quartiers manquent de structures "ouvertes", de "cafés mixtes", de "filles dans la gouvernance des associations", déplore cette membre du Conseil présidentiel des villes, nouvelle instance qui sera installée mardi par M. Macron.

Mme Nonone plaide aussi pour des "budgets genrés" afin de s'assurer que ces structures touchent autant les femmes que les hommes.

Quant aux infrastructures, "on a créé des city-stades, des skateparks, mais il n'y a que des garçons", déplore-t-elle, en rappelant aussi que l'urbanisme des grands ensembles "n'a pas été pensé pour les femmes".

Pour se réapproprier l'espace public et lutter contre le sentiment d'insécurité, des "marches exploratoires" ont été mises en place dans plusieurs banlieues, comme à Trappes (Yvelines) depuis deux ans. Le problème d'un éclairage public défaillant, insécurisant pour les femmes "rentrant seules le soir", comme le pointe Fatima Zenati, 50 ans, peut ainsi être résolu.

Laetitia Nonone reste optimiste: les jeunes filles d'aujourd'hui ont "de plus en plus de modèles de femmes qui ont grandi ici, dans les cités, et qui ont réussi. C'est cela qu'il faut leur dire: que c'est possible".

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