Coopération, commerce: la Guyane veut tirer des bénéfices de son futur câble "souverain"

Pas plus large qu'un fil à linge une fois débarrassé de sa couche de protection isolante, le câble sous-marin Lum@link a pourtant beaucoup de valeur pour la Guyane, qui espère en faire un levier de coopération régionale et en tirer des bénéfices commerciaux.

Ce projet de câble à fibre optique est essentiel pour les services bancaires, gouvernementaux et les communications quotidiennes dans le département français le plus étendu, enclavé en Amérique du Sud.

La Collectivité territoriale de Guyane (CTG) entend remplacer le principal câble fournissant le territoire en internet, Americas 2, arrivé en fin de vie.

La nouvelle infrastructure doit être mise en service d'ici décembre, une fois les 2.000 km de câble posés au fond de l'océan Atlantique jusqu'au large de Fortaleza (nord du Brésil), où elle sera branchée à la liaison EllaLink qui connecte depuis 2021 l'Europe et l'Amérique du Sud.

Construit par EllaLink et exploité par la Société publique locale pour l'aménagement numérique en Guyane (Splang), une société public-privé dont la CTG est l'actionnaire majoritaire, Lum@link doit apporter une souveraineté numérique au territoire ultramarin en étant directement connecté à l'Europe et non plus aux Etats-Unis, comme tous les câbles en service (Deep Blue One, Kanawa, Americas 2) desservant jusqu'ici la Guyane.

Cette indépendance "était une exigence de l'Etat et du centre spatial guyanais" qui participent, avec l'Union européenne, au financement de cet onéreux projet de la CTG, chiffré "au total à 75 millions d'euros", souligne Marie-Lucienne Rattier, conseillère territoriale déléguée au numérique.

"Ce câble va permettre de développer la Guyane par le biais du numérique en offrant aux entreprises locales suffisamment de data pour leur croissance", assure l'élue. "Il apportera aussi plus de concurrence chez les opérateurs, permettant de faire baisser la facture internet des Guyanais".

- Levier d'intégration -

Outre les apports directs pour le territoire, la CTG souhaite faire de Lum@link un levier de son intégration régionale, alors qu'elle a rejoint le 7 juillet la Communauté des Caraïbes (Caricom) en tant que membre associé.

La Guyane avait déjà rallié la Caribbean Telecommunications Union (CTU), l'agence de la Caricom pour les télécommunications, en mai.

En entrant dans cette agence qui régule les marchés et profile les politiques publiques numériques de la région, la collectivité guyanaise espère voir facilité son accès à des acteurs commerciaux pour proposer cette infrastructure aux Caribéens. Et ainsi amortir son investissement.

"Nous souhaitions coupler l'intégration politique à une intégration opérationnelle en nous appuyant sur un secteur porteur", fait valoir Anne Mathieu, responsable de la diplomatie régionale de la CTG. "Les relations commerciales avec nos voisins, des pays producteurs, sont assez faibles. Or, sur les télécommunications, nous avons une vraie plus-value à leur apporter."

Des négociations commerciales pour vendre des capacités du câble sont engagées avec le Suriname et les Etats brésiliens du Para et du Maranhão. "Le Guyana et Trinidad-et Tobago ont aussi exprimé un intérêt de principe", assure Anne Mathieu.

Le leader du marché des télécommunications du Suriname, l'opérateur public Telesur, a confirmé à l'AFP négocier avec la Guyane une connexion à Lum@link. Elle permettra "d'accéder à une capacité plus importante, d'accroître la redondance de l'accès internet et de créer des connexions plus fiables vers l'Europe et les hubs de Fortaleza", selon son PDG Doric Ramlakhan.

L'opérateur historique du Suriname anticipe avec cette infrastructure le boom pétrolier du pays, où un important gisement off-shore a été découvert en 2020. L'exploitation des premiers barils est attendue en 2028 par le géant français des hydrocarbures TotalEnergies, qui investit plus de 10 milliards de dollars dans ce projet - une enveloppe dépassant le PIB annuel du plus petit pays d'Amérique du Sud.

"Avec le boom pétrolier, le secteur des technologies de l'information va connaître un essor important dans les années à venir", souligne Doric Ramlakhan. "Accroître nos capacités de connexion et être relié à l'Europe est essentiel pour accompagner ce développement".

Bien que privée d'exploration et d'exploitation pétrolières par la loi Hulot de 2017, la Guyane parie sur son câble pour tirer profit de l'élan économique de la région.

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