"Convivialité" et présidentielle en vue: le Salon de l'agriculture selon la FNSEA et les JA

La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, alliance qui domine le syndicalisme agricole, ont souhaité mercredi, à trois jours de l'ouverture du Salon de l'agriculture, que celui-ci se tienne dans la "convivialité" sans cacher les difficultés du secteur aux futurs candidats à la présidentielle.

"Nous ne ferons pas de représentations musclées syndicales pour faire des images (...) nous ne boycotterons pas le Salon de l'agriculture. C'est pour nous un moment d'échange et de travail", a déclaré le président des JA Pierrick Horel lors d'une conférence de presse.

Une allusion aux rumeurs concernant d'éventuelles actions des contestataires de la Coordination rurale (deuxième syndicat agricole) et au boycott de l'inauguration de l'événement samedi par Emmanuel Macron prévu par la Confédération paysanne (troisième syndicat).

La Coordination rurale a de son côté réitéré son refus de "cautionner un salon devenu une vitrine soigneusement mise en scène, loin des réalités brutales" des agriculteurs, réclamant dans un communiqué d'être incluse dans l'organisation de l'événement qu'elle dit "verrouillé par la FNSEA".

"Cela doit rester un lieu de convivialité et d'échanges", sans cacher "une crise agricole qui se déroule depuis maintenant trois ans", a déclaré le président de la FNSEA Arnaud Rousseau lors d'une conférence de presse.

Si le monde agricole attend depuis des années une "vision" du président de la République pour l'agriculture, la FNSEA a renoncé à la demander à Emmanuel Macron et se projette déjà sur l'élection présidentielle de 2027.

"On a bien compris qu'à un an de l'échéance, on n'allait pas à réécrire la vision de l'agriculture française", a déclaré M. Rousseau, disant toutefois compter sur M. Macron pour mener les négociations sur le budget européen afin de maintenir les fonds destinés à l'agriculture.

"On est en train de rédiger pour notre congrès fin mars une proposition à destination des candidats à la présidentielle avec ce que nous envisageons pour l'avenir de l'agriculture (...) on va recevoir sur ce salon tous les partis politiques qui souhaitent venir à notre rencontre", a-t-il ajouté.

- Propositions pour la loi d'urgence -

Les deux syndicats alliés ont tenu des conférences distinctes mais ont présenté de nombreuses propositions similaires pour le projet de loi d'urgence agricole, annoncée en janvier par le Premier ministre Sébastien Lecornu à la suite de mobilisations massives.

La FNSEA est apparue une nouvelle fois comme l'interlocuteur privilégié du gouvernement puisque les thèmes du texte - l'eau, la prédation notamment du loup et les moyens de production (pesticides entre autres) - collent à ses demandes.

Mais "à ce stade, on n'a même pas de trame" de la part du gouvernement, a déploré Arnaud Rousseau, alors que les grandes lignes devaient être présentées au salon, puis en conseil des ministres en mars et au Parlement "avant l'été" selon le calendrier initial de M. Lecornu, qui semble difficilement tenable avec l'embouteillage au Parlement et les élections sénatoriales à venir.

Concernant l'eau, la FNSEA souhaite notamment réduire les surfaces des zones de captage où l'usage des pesticides serait proscrit, voire "retirer la notion de captages sensibles". Elle appelle aussi à améliorer l'entretien des cours d'eau, arguant de l'impact sur l'agriculture des crues comme celles liées à la tempête Nils.

Elle souhaite aussi que l'eau destinée à l'irrigation soit considérée comme "eau alimentaire" pour prioriser les agriculteurs.

Au sujet de la prédation du loup, "le risque pénal pour les éleveurs qui se défendent" doit disparaître, a affirmé Pierrick Horel des JA. Les deux syndicats préconisent d'aller encore plus loin dans le nombre de loups qu'il est possible d'éliminer pour protéger les troupeaux, mais aussi sur l'effarouchement des ours et des vautours.

Sur les "moyens de production", notamment les pesticides, les deux syndicats souhaitent notamment "l'arrêt des surtranspositions" - c'est-à-dire selon eux que la réglementation française aille au-delà des règles européennes - pour que les agriculteurs français aient accès aux mêmes molécules que leurs homologues européens.

En creux, ils font référence à l'acétamipride, pesticide néonicotinoïde dont la réintroduction a été bloquée en août par le Conseil constitutionnel après une pétition ayant rassemblé plus de deux millions de signatures contre la loi Duplomb, qui contenait cette mesure. Arnaud Rousseau a reconnu que les thèmes de la future loi étaient "clivants".