L'État va indemniser le conseil départemental de Dordogne à hauteur de 24 millions d'euros pour régler un litige qui les oppose depuis l'annulation par la justice, il y a huit ans, d'un projet de déviation routière à Beynac-et-Cazenac.
Un protocole d'accord transactionnel, révélé par le journal Sud Ouest dans son édition de jeudi et consulté par l'AFP, a été validé par les deux parties ces derniers mois.
Cette saga juridique avait débuté fin 2018 : le Conseil d'État suspendait alors les travaux engagés par le Département pour éloigner les véhicules de ce village très touristique, surplombé d'une forteresse médiévale, un chantier autorisé par la préfecture mais contesté notamment par des associations pour son impact environnemental et patrimonial.
L'année suivante, la justice administrative bordelaise déclarait l'arrêté préfectoral illégal et ordonnait la démolition des premières constructions, dont les piles d'un pont qui devait enjamber la rivière Dordogne.
La collectivité se pourvoyait en cassation, sans succès, et n'obtempérait pas aux injonctions, déposant au contraire, en 2022, un nouveau projet de déviation routière.
En 2023, condamné à payer plusieurs centaines de milliers d'euros d'astreintes financières en raison de son inaction, le conseil départemental de Dordogne engageait un recours indemnitaire contre l'État, en lui réclamant 36 millions d'euros selon le quotidien régional.
Trois ans plus tard, le protocole transactionnel prévoit le versement de quelque 24 millions d'euros. En contrepartie, la collectivité s'engage à ne plus se retourner contre l'État dans cette affaire, alors que son nouveau projet de contournement routier, validé lui aussi par la préfecture de Dordogne fin 2024, a été retoqué à son tour par le tribunal administratif fin 2025.
Le Département a contesté cette décision devant la cour administrative d'appel de Bordeaux qui doit se prononcer dans les prochains mois sur cette "boucle multimodale", avec halte ferroviaire et navettes électriques en plus de la route.
Dans un rapport publié en février 2025, la Chambre régionale des Comptes (CRC) de Nouvelle-Aquitaine avait pointé "un manque de prudence" du conseil départemental de Dordogne, présidé par le socialiste Germinal Peiro, dans la conduite de ce projet. Qu'il soit abandonné ou finalisé, la CRC avait alors estimé son coût entre 41 millions et 63 millions d'euros, pour un budget initial de 37 millions.