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Fraises : y voir clair dans les labels

©Denis Larkin/Shutterstock

Pour se distinguer des fraises d’Espagne à la triste réputation, les producteurs multiplient les labels et mentions. Tour d’horizon pour y voir clair, avant de cuisiner une tarte aux fraises.

Les fraises d’Espagne ? Oui, on sait : elles sont insipides, cultivées dans une plaine couverte de bâches en plastique, avec force pesticides. Les nappes phréatiques y sont épuisées et les droits des travailleurs parfois bafoués. Mais les Françaises sont, elles aussi, épinglées. En 2013, l’association Générations Futures analysait les résidus de pesticides dans les fraises vendues en France, en provenance d’Espagne et de l’Hexagone. Résultat : 65,38% des échantillons français ont au moins un résidu de pesticide contre 78,26 % des échantillons espagnols. 5 échantillons français et 4 espagnols contenaient même des substances interdites. Mais alors, avec quelles fraises peut-on faire des tartes sans participer à un non-sens pour les papilles comme pour la planète ? Conscients des enjeux, les acteurs de la filière multiplient ces dernières années les labels et mentions pour rassurer les consommateurs. Tour d’horizon.

Label bio

Suivre le label AB est une bonne idée, à condition de le trouver. Il est en effet rarissime sur les barquettes de fraises, et on peut comprendre pourquoi en lisant cet article de l’Obs. La plupart des producteurs choisissent de cultiver hors sol, pour faciliter la cueillette et éviter certains champignons. Or, on ne peut obtenir le label bio qu’en cultivant en pleine terre.

On trouve cependant dans certains magasins bio, des fraises AB d’Espagne. Elles viennent de loin, sont tout aussi insipides que leurs compatriotes conventionnelles et vendues dans des barquettes en plastique. Cela fait trois bonnes raisons de les bouder.

C’est qui le Patron ?

La marque C’est qui le Patron ? invite les internautes à voter sur son site pour définir le cahier des charges de ses produits. Les consommateurs décident ainsi jusqu’où pousser les critères du sain et de l’équitable. Après le lait, le chocolat, les pâtes ou le vin, les fraises C’est qui le Patron ? ont fait leur entrée dans une soixantaine de supermarchés du sud-est et de la région parisienne ce printemps. Elles sont cultivées en France, de variété gariguette, ciflorette, cigaline ou cirafine. Elles doivent être cueillies quand le fruit est bien sucré et cultivées non pas en bio mais en "agriculture intégrée" (en pleine terre, avec des méthodes "majoritairement naturelles", ce qui est assez flou et n’exclut donc pas les pesticides). Enfin, le prix est fixé afin que le producteur puisse "se payer convenablement".

Label Rouge

Des producteurs du Lot-et-Garonne ont obtenu le premier Label Rouge Fraise pour les variétés Gariguette, Ciflorette et Charlotte. Il s’agit d’un label de qualité. Pour être estampillés, les fruits doivent être de forme régulière, cueillis au stade optimal de maturité, répondre à des critères gustatifs exigeants… Mais le cahier des charges ne comprend aucun critère spécifique au niveau des modes de culture.

Les Indications géographiques protégées (IGP)

Les "Fraises du Périgord" et les "Fraises de Nîmes" sont des Indications géographiques protégées (IGP). Comme pour le Label Rouge, il s’agit avant tout de contrôler l’origine géographique, les qualités gustatives et l’apparence des fruits. Les cahiers des charges prévoient un encadrement technique pour l’usage des fertilisants mais pas de limitation précise de l’usage des pesticides.

Label Zéro résidus de pesticides

Attention à ne pas confondre ce label avec le bio. Lancé en février dernier pour les tomates et les fraises, par le collectif Nouveaux Champs, le cahier des charges vise à réduire l’usage de produits chimiques avec des auxiliaires biologiques ou du désherbage mécanique. Les fruits récoltés sont analysés et ne doivent pas contenir plus de 0,01 milligramme de pesticides par kilo.

Serres chauffées

Rien ne signale aux consommateurs que les fraises sont produites sous serre chauffée ou non. Et c’est dommage, car cela fait une très grosse différence sur le plan climatique. En avril 2013, le cabinet Carbone 4 , spécialisé dans la stratégie bas carbone, comparait l’empreinte carbone de quatre sortes de fraises : produites sous abri en France, sous abri en Espagne, sous serre chauffée au gaz en France et sous serre chauffée au bois en France. Leur conclusion ? Ca n’est pas le transport qui pèse le plus au plan des émissions de gaz à effet de serre, mais le chauffage. Une fraise produite en France sous serre chauffée (au gaz ou au bois) dégage plus de CO2 qu’une fraise produite en Espagne sous abri non chauffé et qui a fait le voyage jusqu’à nous. A défaut d’étiquetage sur le sujet, si vous avez la chance de connaître un producteur près de chez vous, vous pourrez lui poser la question.