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Confinement: quand la fac devient un refuge numérique et social

Sans ordinateur ni internet chez lui, Mohamed Nadhoim Ali enchaîne des cours sur Zoom dans une salle informatique de l'Université Aix-Marseille désertée. Un refuge "qui calme les soucis" pour cet étudiant tout juste arrivé en France et souffrant du confinement.

Depuis le 30 octobre, face à la propagation du Covid-19, le gouvernement français a restreint déplacements et activités, contraignant les facultés à organiser majoritairement les cours en ligne et à garder les étudiants à distance.

Mais l'université d'Aix-Marseille, qui accueille en temps normal quelque 80.000 étudiants, a ouvert des salles sur ses différents sites pour les élèves en situation de fracture numérique ou dans l'impossibilité de travailler sereinement chez eux.

Ils s'inscrivent, reçoivent une convocation qui fait office de sésame pour pouvoir se déplacer.

"Je n'ai pas d'ordinateur, pas de box Internet dans mon studio. Et puis, je suis nouveau dans cette école, nouveau dans le pays. Le dimanche, je suis absolument tout seul (...) Revenir ici le lundi, ça calme un peu les soucis", raconte à l'AFP Mohamed Nadhoim Ali, Comorien de 25 ans, regard doux au-dessus de son masque noir.

"Je viens là parce que je suis dans un cadre de travail et de calme. Notre maison est spacieuse mais on est sept dont cinq enfants donc ça bouge tout le temps. On vient sans arrêt me demander des choses. Chez moi, c'est simple, si je révise, c'est la nuit", raconte de son côté Ilham Delala, 21 ans en L2 en sciences et vie de la terre.

"C'est bien d'avoir ça. On est là pour travailler", ajoute-t-elle, avant une pause goûter.

Un poste sur deux est condamné pour respecter les distances sanitaires. En ce jeudi après-midi, les douze postes disponibles sur le site de Saint-Charles à Marseille sont occupés. Sur les écrans apparaissent les enseignants en webcam, les élèves eux ont coupé leurs caméras.

Équations écrites à la main projetées à l'écran, leçon sur les "tracés des hodochrones", l'ambiance est ultra-studieuse dans cette salle jaune sans fenêtre.

"Ils sont là de 7H45 à 18H00, je me demande s'ils mangent", glisse, malicieux, le gardien visiblement heureux de pouvoir veiller sur quelques élèves.

"Il s'agit d'une petite minorité d'étudiants mais qui en ont extrêmement besoin. Le souci pour nous, c'est l'égalité d'accès à l'enseignement", explique Pascale Brandt-Pomares, vice-présidente de l'université, déléguée au Centre d'innovation pédagogique et d'évaluation (Cipe).

Il existe également des dispositifs de dons ou prêts d'ordinateurs portables. Mais celui des "refuges numériques" permet aussi de créer du lien social.

"Je suis préoccupée en particulier pour les moins de 20 ans qui arrivent du lycée", souligne Mme Brandt-Pomares. Certains enseignants ont aussi besoin de ce cadre et demandent à assurer leurs cours depuis leur classe vide.

- Porte-à-porte -

Fracture numérique, fracture sociale, précarité: le Covid-19 a un effet amplificateur des difficultés structurelles des étudiants et les universités cherchent des solutions.

A l'autre bout de la France, à Villeneuve-d'Ascq, en banlieue de Lille, la résidence universitaire Camus a elle aussi ouvert des salles de travail de six places. Deux étudiants font aussi de la médiation et du porte-à-porte pour vérifier que tout va bien.

"On doit être à 600, 650 étudiants présents, à l'inverse du 1er confinement où il y avait eu beaucoup de départs", explique Virginie Bethencourt, directrice de cette immense résidence qui compte plus de 800 logements répartis sur sept bâtiments.

Avec ce deuxième confinement, "il y a eu pour certains un effet anxiogène de +on a déjà vécu ça+. Certains sont plus affaiblis en termes psychologiques, donc il faut qu'on soit plus vigilants", ajoute-t-elle.

Derrière son sourire, Wissam Saidi, étudiante algérienne en L3 électronique, reconnaît que sa chambre de 9m2 "c'est pas trop l'endroit pour réviser". Alors son refuge à elle, c'est la bibliothèque universitaire où elle réserve sa place quotidiennement pour quatre heures.

De nombreux médecins ont sonné l'alerte. Pendant le premier confinement, 27,5% des étudiants présentaient une anxiété sévère contre 9,8% hors contexte de pandémie et 11,4% des idées suicidaires, soulignait récemment une étude du CN2R (Centre national de ressources et de résilience) menée auprès de 70.000 étudiants.

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