Le métier de saunier, disparu de l'île d'Oléron dans les années 1980, a été réintroduit avec l'appui des collectivités car les marais salants, zones "tampons", peuvent absorber une partie des submersions marines, de plus en plus fréquentes avec le dérèglement climatique.
Sur la façade Est de l'île, près du pont qui la relie au continent, Simon Poinot et sa soeur Annabelle, ont relancé depuis deux ans la production dans les salines qu'exploitait dans le passé leur arrière-grand-père, au Château-d'Oléron (Charente-Maritime).
Établis sur des marais jadis mués en parc à huîtres par leur père ostréiculteur, ils font partie de la petite quinzaine de sauniers réinstallés sur l'île depuis quelques années, un enjeu agricole, touristique mais aussi environnemental.
Pendant la canicule, favorable à l'évaporation et synonyme de belle récolte, les deux sauniers s'activent tôt le matin pour collecter le gros sel, et en fin d'après-midi pour prélever la fleur à l'aide d'une lousse, longue perche prolongée d'un bac.
Simon Poinot, 35 ans, plonge un doigt dans l'un des carreaux et goûte l'eau saumâtre. "La salinité est là", dit-il à l'AFP. "Le réchauffement climatique pour les sauniers, c'est merveilleux", reconnaît-il sans détour.
Mais cet ancien pépiniériste nuance aussitôt car avec l'accroissement des phénomènes climatiques extrêmes, Oléron est de plus en plus exposée aux tempêtes et submersions. À sa pointe Sud, dite pointe du Gatseau, l'île subit l'une des plus fortes érosions d'Europe, avec un recul du littoral record de plus de 50 mètres enregistré à l'hiver 2013-2014, selon le CNRS.
- Xynthia, un "traumatisme" -
La tempête Xynthia (47 morts en France en 2010) a été un "traumatisme" pour les Oléronnais, se souvient Annabelle Poinot, 43 ans. "Les voisins sortaient leurs affaires dehors, ils avaient 60 à 80 cm d'eau (dans la maison), tout le monde était paniqué", se remémore-t-elle.
"La partie Sud d'Oléron est extrêmement vulnérable", confirme Éric Chaumillon, chercheur à l'université de La Rochelle et au laboratoire Littoral, Environnement et Sociétés du CNRS. "Avec l'élévation globale du niveau des mers, la fréquence (de ces submersions) va augmenter."
Co-auteur d'un ouvrage intitulé "La mer contre-attaque!", il souligne l'intérêt des "solutions basées sur la nature", comme "réserver des zones basses inondables" pour "limiter les hauteurs d'eau et contribuer à des protections". "Parce que faire des défenses de côte, ça coûtera trop cher."
La Charente-Maritime a consacré plus de 13 millions d'euros à des ouvrages de protection à Oléron dans le cadre d'un "Plan digues" post-Xynthia de 230 M EUR. Le retour de marais salants sur l'île offre "un effet bénéfique" face aux submersions, selon le département, qui a accompagné neuf sauniers entre 2019 et 2025.
- "Rempart" -
L'entretien de ces marais, havres de biodiversité et véritables "remparts" pour les habitations voisines, est crucial pour qu'ils puissent "faire tampon" en absorbant "quelques millions de litres", confirme Jérôme Pohu, responsable agriculture à la communauté de communes, laquelle consacre 90.000 euros par an à leur réfection.
L'une des activités des sauniers, l'hiver, consiste précisément à entretenir bassins, canaux, varaignes (écluses) et évacuations.
Le rôle des marais salants pour lutter contre l'avancée des eaux est connu de longue date localement. Sur l'île de Ré voisine, jadis composée de quatre îlots, leur introduction au XIe siècle par des moines bénédictins a permis d'"unifier l'île et de gagner de la terre sur la mer" (1.500 hectares environ), relève Boris Zukanovich, directeur général de la Coopérative des sauniers rétais.
"Entretenir les marais permet de protéger" Oléron, confirme Simon Poinot. "C'est une première barrière face à la submersion."
Les collectivités oléronnaises valorisent en outre ce savoir-faire local et traditionnel, notamment via le Port des Salines, un écomusée doté de marais de démonstration, inauguré en 1994.
La communauté de communes a même publié en 2025 un appel à candidatures pour un poste de saunier ou saunière, mettant à disposition un marais communal de deux hectares.
"Depuis une vingtaine d'années, une dynamique s'est recréée autour du sel", se félicite Jérôme Pohu, avec désormais 650 aires de récolte à Oléron. L'île de Ré, où la tradition saunière ne s'est jamais éteinte, en compte environ 4.000 pour 100 sauniers.