Choc énergétique: le FMI appelle la France au ciblage des aides

La France pâtit de la guerre au Moyen-Orient: prévoyant une croissance affaiblie en 2026, le FMI préconise des aides ciblées et temporaires face au choc énergétique pour préserver des finances publiques souffrantes, comme celles annoncées jeudi par le gouvernement.

"La réponse des autorités au choc énergétique lié au Moyen-Orient a été, à ce stade, appropriée et devrait rester limitée, temporaire et ciblée sur les plus vulnérables", a indiqué jeudi le Fonds monétaire international.

Son rapport sur la deuxième économie de la zone euro, connu sous le nom d'Article IV, a été publié juste avant l'annonce de nouvelles mesures de soutien à l'activité par le gouvernement de Sébastien Lecornu.

Quelque 710 millions d'euros d'aides nouvelles sont prévues, portant le total à 1,2 milliard d'euros.

Mais contrairement aux aides généralisées déboursées pendant la pandémie, le Premier ministre a une nouvelle fois exclu "toute baisse générale indiscriminée de la fiscalité sur le carburant" et averti que ces mesures auront "un coût", qui nécessiteront "un certain nombre d'économies".

"À ce stade, nous estimons que la gravité de la crise ne justifie pas un soutien généralisé, qui est extrêmement coûteux, très inefficace, et qui risque de détourner des ressources vers des groupes de personnes qui n'en ont pas besoin aux dépens des plus vulnérables", a développé la cheffe de mission du FMI pour la France, Manuela Goretti, lors d'une conférence de presse.

Déclenchée fin février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, la guerre a conduit à un blocage du détroit d'Ormuz, passage stratégique pour les hydrocarbures et les engrais, dont les cours se sont envolés.

Ce conflit a conduit le FMI à abaisser pour la deuxième fois depuis mi-avril sa prévision de croissance pour la France, désormais attendue à 0,7% cette année, au lieu de 0,9% - comme la prévision du gouvernement. Il a cité une inflation plus élevée et une demande intérieure freinée.

- "Prophètes de malheur" -

La Commission européenne s'est également montrée plus pessimiste pour la France, prévoyant 0,8% de croissance.

S&P Global a même évoqué "un risque de récession" en publiant jeudi son indice PMI Flash montrant le plus fort recul de l'activité du secteur privé en France depuis cinq ans et demi.

"On est dans une phase où, évidemment, la croissance ralentit, une phase où l'inflation augmente un peu - un peu au-dessus de 2% - mais on n'est évidemment pas dans un scénario tel que nous le présentent les prophètes de malheur", a commenté le ministre de l'Economie, Roland Lescure.

Il a vu dans la position du FMI un satisfecit donné à la France concernant la décision de mesures d'aides ciblées et temporaires. "Ce n'est pas tous les jours que le FMI donne des satisfecits à la France", a souligné Roland Lescure.

Dans ce contexte dégradé, le FMI a insisté sur la nécessité de continuer à redresser les finances publiques françaises.

"En l'absence de mesures additionnelles", le rythme actuel est jugé "insuffisant" pour atteindre l'objectif officiel d'un déficit public sous le plafond européen de 3% en 2029.

"Malgré les progrès récents, la consolidation budgétaire reste plus lente que prévu et reste exposée à d'importants risques de mise en oeuvre", a souligné le FMI.

- "Budget ambitieux" -

A un an de la désignation du nouveau président français, l'institution basée à Washington préconise une stratégie pluriannuelle "clairement définie": "un ajustement structurel important d'environ 0,8% du PIB par an sur la période 2027-2029, qui pourrait ensuite être progressivement assoupli".

"Il serait important, par exemple, que le budget 2027 soit un budget ambitieux, même si nous sommes conscients qu'il s'agira d'un budget lié à l'élection", a déclaré Manuela Goretti.

Le FMI recommande de limiter les nouvelles hausses d'impôts, compte tenu du taux de prélèvements obligatoires déjà parmi les plus élevés de la zone euro.

Quant aux dépenses publiques, les plus élevées de la zone monétaire en 202 par rapport au PIB, il faudrait en "redéfinir les priorités": rationaliser les dépenses de santé et d'éducation, poursuivre la réforme de l'assurance chômage et du système de retraite.

Le FMI a salué comme "bienvenue" la volonté du gouvernement de réaliser six milliards d'euros d'économies sous la forme de gels ou d'annulations de crédits, voire plus à cause de l'impact de la guerre.

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