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A Châlons-en-Champagne, agriculture et environnement s'apprivoisent

Comment nourrir toujours plus de gens sur la planète tout en sauvegardant les agriculteurs, le climat et la biodiversité ? A Châlons-en-Champagne, agriculteurs, industriels de l'agroalimentaire, ONG et experts du monde entier planchent pour tenter de concilier l'inconciliable.

Alors que l'agriculture a fait souvent ces derniers mois figure d'accusée, notamment dans les négociations internationales sur le climat, le maire de Châlons-en-Champagne Benoist Apparu, ancien ministre du gouvernement Fillon, a réuni jeudi et vendredi dans sa ville le forum "Planet A" qu'il voudrait voir évoluer comme un "Davos" annuel, autour des enjeux de l'alimentation mondiale.

Pour relier la société civile, les expériences de terrain et l'élite globalisée, le forum s'est tenu dans un lieu symbole d'agriculture et d'échanges: celui de la foire agricole de Châlons. M. Apparu veut aussi y installer un Institut des hautes études agricoles.

Un spécialiste indien des sols, co-lauréat du prix Nobel de la Paix, voisinait avec le vice-président de l'université agricole de Nankin en Chine, un dirigeant coopératif français ou le ministre de l'Agriculture du Niger, ainsi que des spécialistes de la lutte contre la faim, de fondations et ONG européennes ou américaines, d'experts et élus français.

"Ce qui ressort de ce forum, c'est que l'agriculture peut ne pas être le problème, mais qu'elle peut être aussi la solution" a expliqué à l'AFP le directeur délégué de la Fondation Jean-Jaurès, Gilles Finchelstein, chargé avec Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) de synthétiser les débats.

Les 30 propositions qu'ils doivent formuler seront remises à l'Élysée en octobre, avant une nouvelle rencontre sur le climat à Paris.

"Par l'utilisation de nouvelles technologies, de nouvelles méthodes, l'agriculture permet de penser différemment les contraintes contradictoires, produire plus tout en préservant les sols, l'eau, et en contribuant à la lutte contre le réchauffement climatique", a ajouté M. Finchelstein.

- Risque d'effondrement -

"Dans un contexte de plus en plus contraint, nous avons senti une convergence planétaire sur ces sujets" a estimé Dominique Reynié, "sans pour autant déboucher sur une uniformisation de l'idée dont les êtres humains travailleraient la terre à l'avenir".

Après avoir rappelé que l'agriculture mobilise 49% de la surface terrestre et 70% des prélèvements en eau, le co-Nobel de la paix Rattan Lai a estimé que la planète produisait déjà assez d'alimentation pour nourrir les 10 milliards d'habitants qui la peupleront d'ici à la fin du siècle.

A condition "de réduire les déchets et le gaspillage alimentaire, et de favoriser l'accès à la nourriture en réduisant la pauvreté", a-t-il averti.

"En Afrique, nous sommes arrivés au consensus qu'avec le développement des applications et des nouvelles technologies, le modèle des fermes-usines industrielles est dépassé, puisque nous pouvons désormais mettre en relation les petits producteurs et les consommateurs via les plate-formes" dit à l'AFP Rafael Flor, directeur du bureau kényan de la Rockefeller Foundation, un groupe de réflexion américain.

Le Premier ministre français Édouard Philippe, venu inaugurer jeudi les travaux, a évoqué un risque "d'effondrement" si l'humanité ne s'adapte pas aux nouveau contexte climatique.

Première traduction concrète des échanges: au niveau français, la FNSEA et l'ONG de défense de l'environnement WWF France ont enterré la hache de guerre après des mois de débat empoisonné notamment autour de l'utilisation de l'herbicide glyphosate, en signant une "manifeste commun pour une agriculture prospère et durable".

"L'agriculture est la solution aussi bien pour l'alimentation, que pour protéger les sols, pour lutter contre le bétonnage et pour fixer les populations sur les territoires", a résumé à l'AFP la patronne de la FNSEA, Christiane Lambert.

"La question du modèle agricole et alimentaire fait toujours l'objet de crispations et de tensions, il faut mieux se connaître pour faire évoluer les choses et le faire évoluer" a ajouté le directeur général de WWF, Pascal Canfin.

Le premier groupe coopératif français In Vivo s'est pour sa part engagé à transformer ses quatre filiales privées en "entreprises à mission", un nouveau statut prévu par la loi Pacte en cours de préparation: un objectif social et/ou environnemental sera ajouté à l'objectif de performance économique dans leur raison sociale.

Selon Philippe Mangin, président du conseil d'administration d'In Vivo, ceci devrait permettre de "ne plus opposer" la performance économique et la recherche du profit à l'impératif de nourrir la planète et de respecter les paysans.

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