Plusieurs dizaines de scientifiques français, rejoints par des économistes et des personnalités, réclament "une loi d'urgence climatique" dans une tribune, face à "l'emprise de l'industrie fossile", responsable du réchauffement climatique à l'origine de la multiplication des vagues de chaleur.
"Nous sommes collectivement traumatisés par les dix jours de canicule dont nous sortons", écrivent les auteurs de cette tribune publiée dans le journal Le Monde, et signée notamment par les climatologues Christophe Cassou, Valérie Masson-Delmotte et le paléoclimatologue Jean Jouzel
Signée par plus de 90 personnes dont l'économiste Thomas Piketty, des scientifiques, médecins, chercheurs, philosophes et artistes, cette tribune met en avant la douleur "incommensurable" traversée par les Français dans les hôpitaux, les champs, les écoles ou les maternités.
Les Français ont ressenti "dans leur chair les conséquences du dérèglement climatique", est-il écrit dans le texte à l'initiative de l'association Bloom.
La vague de chaleur historique de juin en Europe a provoqué une surmortalité de milliers de personnes, selon des estimations en France, Espagne et Belgique.
Alors qu'une une nouvelle vague de chaleur sévit en France et en Europe, les signataires appellent à une loi d'urgence climatique qui "relève de notre survie collective".
Parmi les priorités de cette loi figurerait l'interdiction à toutes les entreprises françaises de financer et de participer, directement ou indirectement, à l'ouverture de nouveaux projets fossiles en France ou à l'étranger.
Egalement la suppression de toutes les subventions aux énergies fossiles, l'interdiction du lobbying, et la reconnaissance du crime de "globocide", qui consiste à mettre en péril la biosphère tout entière.
Citée plusieurs fois dans la tribune et accusée de "cynisme", la major pétrogazière française TotalEnergies est notamment critiquée pour avoir annoncé investir dans un nouveau projet fossile aux Émirats arabes unis "le 24 juin 2026, c'est-à-dire le jour le plus chaud de l'histoire française", est-il écrit, en référence à la concession de Bab Gas Cap avec une participation de 10% du Français annoncée.
L'indicateur thermique national, moyenne de températures diurnes et nocturnes dans trente stations de référence, a atteint 30°C ce jour-là, selon les données de Météo-France, du jamais vu.
Les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, principalement causé par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ont montré les climatologues. Ces vagues de chaleur sont appelées à se multiplier, s'allonger et s'intensifier.
Les signataires demandent, par ailleurs, un fonds vert, en référence au fonds créé en 2023 pour financer les projets des collectivités territoriales destinés à accélérer la transition écologique, doté de vingt milliards d'euros, contre moins d'un milliard aujourd'hui.
"La clairvoyance et l'esprit de responsabilité exigent que le gouvernement et les parlementaires désarment l'industrie fossile" à travers cette loi, affirment-ils encore.