Chaleur: des impacts agricoles et une stratégie d'adaptation à renforcer

Impact sur la taille des fruits ou la productivité des animaux: la vague de chaleur en cours devrait affecter l'agriculture, même si ses conséquences ne sont pas encore précisément cernées, du fait d'une précocité jamais vue, expliquent des chercheurs.

"L'année dernière, on avait eu une première vague de chaleur à la fin du mois de juin. Cette année cela se produit un mois avant, avec des conséquences très différentes parce que les cultures ne se situent pas au même cycle", a souligné Iñaki García de Cortázar-Atauri, directeur de l'unité Agroclim d'Inrae PACA.

"On est face à quelque chose d'inédit", a expliqué l'agronome à des journalistes, avec dans l'immédiat un manque de "visibilité sur les conséquences qualitatives ou quantitatives sur les productions en cours".

Pour autant, "ce que l'on pourrait anticiper, c'est qu'il peut y avoir un impact sur les graines pour les cultures d'hiver, notamment le blé, l'orge, actuellement dans des phases de finalisation de la maturation des grains".

Dans une large partie de l'Europe de l'Ouest, "la moitié des blés est en stress thermique. D'un côté, on a des réserves d'eau dans les sols - après les pluies de début mai - et de l'autre, on a de fortes températures alors que le blé est selon les zones en fin de floraison ou en période de remplissage des grains", explique à l'AFP Sébastien Poncelet, analyste spécialiste des marchés des céréales chez Argus Media.

"Tout cela génère de l'inquiétude" quant aux rendements de la moisson attendue cet été, mais "on manque de référence sur ce type de phénomène pour pouvoir déjà évaluer les conséquences", souligne-t-il.

- "Oeufs petits et fragiles" -

Selon le chercheur de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, "on sait qu'on va avoir certainement des récoltes très précoces, une fois de plus", cette canicule se combinant avec des cycles accélérés depuis le début du printemps.

"On sait aussi que pour certaines espèces fruitières en début du cycle de croissance des fruits, on est dans des périodes critiques: on peut s'attendre à avoir un impact sur la taille des fruits".

Pour ce qui est de l'élevage, c'est la première vague de chaleur de l'année, et la première est "généralement la plus sévère" pour les animaux, indique David Renaudeau, directeur de recherche à l'Inrae Bretagne-Normandie.

"On se rend compte qu'il y a une relative impréparation des éleveurs face à cet épisode qui est très précoce", dit-il, évoquant les systèmes d'alimentation en eau et l'adaptation de l'alimentation des bêtes.

"On a malheureusement l'expérience de pas mal de vagues de chaleur et on sait globalement les effets que l'on s'attend à voir", ajoute le zootechnicien: "une baisse du niveau de production de viande, lait, oeufs... Et cela perdure une fois la vague de chaleur terminée".

En outre, "la qualité des produits peut varier. D'après les retours terrain d'hier (mardi), on a des oeufs un peu plus petits et plus fragiles parce que le métabolisme phosphocalcique (important pour la résistance des coquilles, NDLR) a été perturbé par la chaleur".

Autre impact des fortes chaleurs, "des laits un peu moins riches en protéines" et parfois plus difficiles à transformer.

Quant à la surmortalité des animaux, "là encore, il faut attendre un peu" pour un bilan. Mais lors des vagues de chaleur de 2003 et 2006, on a vu "sur les vaches laitières en France 10% de plus de mortalité, 25% de plus chez les bovins allaitants", relève David Renaudeau.

Dans l'immédiat, les éleveurs doivent s'adapter, par exemple ne pas transporter en abattoir ou ne pas nourrir les animaux en journée.

A moyen terme, il faudra par exemple réfléchir à un bâtiment d'élevage "du futur", bien orienté, aéré, dans un cadre arboré... pour remplacer des structures jusqu'ici souvent pensées pour protéger les bêtes du froid.

"Jusqu'à cette année, la fenêtre d'adaptation à la canicule qui était explorée allait de la fin juin jusqu'à début septembre, souligne Iñaki García de Cortázar-Atauri. Et là, on vient de l'augmenter d'un mois, et cela change pas mal de choses à nos stratégies d'adaptation".