"C'est dur, mais je ne bouge pas, je ne sors pas car j'ai peur de la chaleur", confie Ancuta Lacatus, une femme de ménage de 49 ans, calfeutrée dans son appartement d'un quartier populaire de Rennes.
Tous les volets de son 4 pièces, au rez-de-chaussée d'une barre, sont clos. "Même la nuit, il fait très chaud", explique à l'AFP cette femme qui souffre de problèmes cardiaques. "Mon médecin m'a déconseillé de sortir", déclare-t-elle, "c'est dangereux pour moi".
Des travaux sont prévus à partir de septembre pour mieux isoler l'immeuble, "on verra si c'est mieux", dit-elle. En attendant, il faut passer l'été et cette vague de chaleur exceptionnelle, avec 40°C à l'ombre.
Pour ne pas réchauffer plus son appartement, elle cuisine froid : "des salades aujourd'hui et demain". De temps en temps, elle allume son ventilateur, "juste quelques minutes car l'électricité est trop chère".
Le quartier de Villejean, à l'ouest de Rennes, est composé de barres et de tours d'immeubles, jusqu'à une vingtaine d'étages. En bas, du béton et des arbres, chênes, tilleuls ou platanes.
Une aire de jeu, en plein soleil, est désertée par les enfants.
- "Passoires thermiques" -
Dans le quartier, "il y a beaucoup de passoires thermiques", explique Djibril Themond, éducateur, croisé dans une rue commerçante. Ce lundi, il a gardé ses deux garçons avec lui, car l'école "n'est pas adaptée", il n'y a pas de climatisation.
"On a des ventilateurs chez nous", ajoute cet homme de 46 ans. "Plus on reste à la maison, mieux c'est. Là on va faire des courses parce qu'on n'a pas le choix".
"C'est l'enfer sur terre", s'exclame Rosa Nzaba, 49 ans, ouvrière dans le bâtiment. Cette coffreuse bancheuse installe les moules dans lesquels est coulé le béton. Elle vient d'apprendre que son chantier a fermé à cause de la vigilance rouge canicule, qui touche lundi une cinquantaine de départements français, dont l'Ille-et-Vilaine.
"Le soleil n'a pas pitié. Là c'est l'Afrique", soupire-t-elle, encore en tenue orange de chantier.
"On sort, on va un peu à la rivière, à la piscine. La chaleur ? On ne peut rien y faire. On essaie de tenir le coup", déclare Houmadi Lailidine, un cariste de 25 ans, assis à l'ombre d'un immeuble, avec un ami.
- Horaires de piscines élargis -
La ville de Rennes a activé lundi sa cellule de crise face à la canicule. Elle a annoncé que les piscines étaient désormais ouvertes avec des horaires élargis de 10h à 20h. Dans les quartiers, il y a aussi des pataugeoires, des brumisateurs, et les parcs sont ouverts toute la nuit, 24h sur 24h, jusqu'à la fin de la semaine, afin de procurer des espaces de fraîcheur.
En raison de la chaleur extrême, la braderie de Rennes prévue mercredi, qui revendique le deuxième rang de France derrière Lille, a été reportée d'une semaine.
"C'est horrible, il fait super chaud dans l'appartement. J'habite au 7ème étage. Mon immeuble est coincé entre quatre bâtiments et il n'y a pas d'air", déplore Maïwenn Degres, étudiante de 23 ans en ergothérapie, venue avec un peu de linge à la laverie, alors qu'elle est en plein déménagement.
"Dans l'appartement, on ferme tout. Et puis dans la rue on cherche l'ombre, on achète un petit éventail, on va sous les arbres, on boit de l'eau fraîche, une limonade", sourit-elle.
Pascal Branchu, 64 ans, habite un deux-pièces au 7e étage d'un immeuble. "Là vous avez une belle vue sur le béton", plaisante-t-il, en ouvrant son volet. Ce militant écologiste, ancien travailleur social pour le département, déplore le manque d'arbres à Rennes.
"Là, je suis prêt. J'ai mon petit verre d'eau, la bouteille, tout ce qu'il faut", dit-il. A la fenêtre de sa chambre, il a installé deux nichoirs qui abritent une couvée de moineaux friquets et une mésange bleue, un geste pour la biodiversité. Il leur a même installé "une piscine", un peu d'eau dans une boîte en plastique.