"C'est de la survie": dans Paris écrasée par la canicule, une éprouvante quête de fraîcheur

Il est 07H00 et Élisa Ventura noue déjà son chignon dans le métro parisien, qu'elle prend jeudi bien plus tôt que d'habitude pour "limiter la casse" d'une nouvelle journée de canicule, dans un Paris étouffant.

La cheffe de projet dans la publicité n'a "même pas de ventilateur" et, après une nouvelle nuit suffocante, la plus chaude jamais enregistrée en France, elle emprunte la ligne 1 du métro qui traverse tout Paris une heure et demi plus tôt que d'ordinaire, seul moyen pour elle de "chercher la fraîcheur".

"Dans une heure, la rame sera blindée, il va faire trop chaud. Après cette nuit sans repos, je vais me mettre sous la clim du bureau", raconte à l'AFP la jeune femme de 30 ans.

À Paris comme dans 71 autres départements placés en vigilance rouge par Météo-France, le pic de l'épisode caniculaire depuis le début de semaine doit être atteint jeudi.

Dès les premières heures, dans les rues de la capitale, les corps ralentis par la chaleur cherchent de l'air, mini-ventilateurs, éventails ou feuilles de papier à la main, parfois munis d'inhabituels cafés glacés.

Débardeur détrempé de sueur, l'Américain Mark Repasky, 44 ans, en est aux étirements après un footing matinal sur les quais de Seine, qui bordent plusieurs des monuments les plus célèbres de Paris.

"Je me suis réveillé à 06h30 à cause de la chaleur, il faisait 28 degrés, je me suis dit que c'était ma seule fenêtre de tir" pour faire du sport, raconte ce consultant originaire du Michigan.

Bien qu'installé de longue date à Paris, il "adore toujours la clim comme tous les Américains" et souffre "chaque été un peu plus" de la chaleur, surtout dans son logement dont il a recouvert les fenêtres de papier aluminium.

- À l'église ou chez Picard

Sous des températures qui peuvent dépasser 40°C, à Paris, on suit les trottoirs à l'ombre, on tombe sur les tableaux à craie des boulangeries et bistrots qui proposent leurs citronnades maison, ou on attend son tour devant les brumisateurs publics.

Chacun y va de sa stratégie.

Pour Nathalie (elle a refusé de donner son nom), 29 ans, c'est entrer à l'église de Saint-Germain-des-Prés "juste pour (s)e rafraîchir" un instant.

Elle s'explique, à la sortie: "Mon ventilateur m'a lâchée. Je suis réveillée depuis 05H00 et c'est tellement insupportable chez moi que depuis j'erre dans Paris".

Et "tout est bon à prendre" pour trouver du répit, confie cette interprète en langue des signes. Sur les réseaux sociaux, elle a glané une idée qui devrait l'aider à tenir une partie de l'après-midi: "passer quelques heures à Picard", l'enseigne spécialisée dans les produits surgelés.

Chapeau noué dans le dos et sandales de marche, l'Allemand Robert Bieber, 63 ans, s'est lui résolu à changer ses plans de vacances pour son dernier jour de vacances: il ne visitera finalement pas le musée du Louvre.

"Je vois la file d'attente au soleil... et il paraît que ce n'est pas frais à l'intérieur", justifie-t-il, sur l'esplanade sous le cagnard et quadrillée par les vendeurs à la sauvette, cabas remplis d'ombrelles et de bouteilles d'eau.

Pour d'autres, impossible de changer de programme. Voilà donc le jeune marié Takuma Ohigashi, costume-cravate sombres, en plein soleil avec sa compagne en robe blanche dans le jardin du Palais-Royal, prisé des touristes étrangers pour des séances photo.

"Je souffre mais on n'a pas le choix, on n'est là que deux jours pour notre lune de miel", souffle le Japonais.

- Maillot de bain exigé -

À l'écart des quartiers touristiques, la chaleur bouscule même les codes vestimentaires dans la capitale de la mode, où nombre de Parisiens arpentent les rues comme dans une station balnéaire, en claquettes et maillot de bain. En fin d'après-midi, les pelouses des jardins publics prennent des airs de plages de sable vert.

"Je viens de dire à une copine à l'étranger: +Tu y crois que je me balade en maillot de bain dans le Xe arrondissement?+", en rigole Olga Kuksa, une Biélorusse de 43 ans en deux pièces noir sur la pelouse du jardin Villemin Mahsa Amini, près de la Gare du Nord, la plus fréquentée de France.

Près de là, des milliers de jeunes investissent les quais du canal Saint-Martin, où la baignade est autorisée depuis la semaine dernière.

"C'est le dernier bastion de fraîcheur" de Paris, résume Lucas Minthe, 28 ans, en sortant de l'eau, dans laquelle flottent des bouées en forme de licorne et des matelas gonflables.

Le coach sportif de 28 ans est venu "directement après le travail" car chez lui, sous les combles, "le thermomètre affiche 45 degrés", assure-t-il. "C'est de la survie de venir là."

Le canal, où plongent depuis le pont qui l'enjambe des adolescents en maillots de bain ou de foot dans une ambiance festive, est aussi "le seul endroit en ce moment où tout le monde peut se retrouver, jeunes, travailleurs, Français ou étrangers", apprécie Lucas Minthe.

Passée la soirée, de nombreux Parisiens prévoient de retourner trouver refuge dans les parcs, ouverts toute la nuit. Celle qui s'annonce sera encore étouffante.