Les décès liés à la chaleur sont moindres dans les quartiers parisiens les plus végétalisés, montre une étude diffusée lundi par l'Inserm, suggérant que ce facteur joue un rôle important, davantage que les inégalités socio-économiques sur la vulnérabilité aux fortes températures.
"Les arrondissements les plus végétalisés présentent un risque plus faible de décès lors des périodes de forte chaleur", résume l'Inserm dans un communiqué sur cette étude, parue fin janvier dans la revue npj Urban Sustainability, réalisée conjointement avec l'Institut pour la santé mondiale de Barcelone (ISGlobal) et la London School of Hygiene & Tropical Medicine.
L'Europe est de plus en plus touchée par les canicules estivales, sur fond de réchauffement climatique, avec des effets délétères sur la santé: plus de 60.000 personnes sont, ainsi, mortes à cause de la chaleur en 2024.
Les risques sont particulièrement marqués dans les grandes villes, en particulier à cause des phénomènes d'îlots de chaleur, qui freinent le refroidissement de nombre de zones urbaines.
L'effet favorable de la végétalisation (parcs, jardins, toitures végétalisées...) pour réduire la mortalité est déjà bien documenté: une étude, publiée en 2023 dans le Lancet, avançait ainsi que la végétalisation pourrait diminuer d'un tiers le nombre des décès liés à la chaleur.
Mais cette nouvelle étude apporte un éclairage plus précis en analysant avec précision les différences au sein d'une même ville, en l'occurrence Paris.
La capitale française, en pleine campagne municipale à un mois des élections, est un cas d'école à plus d'un titre: par sa forte densité de population, la présence importante d'îlots de chaleur et des inégalités sociales marquées.
Or, ce dernier point peut brouiller les analyses: s'il y a moins de décès dans les quartiers les plus végétalisés, est-ce grâce à la verdure, ou parce que ces zones sont généralement mieux favorisées socialement ?
Plus que le niveau socio-économique des habitants, ce sont surtout l'âge et les caractéristiques des bâtiments (ceux construits avant les années 1970 étant moins bien isolés), ainsi que la présence d'espaces verts, qui varie entre 1,4% dans le 2e arrondissement à 20,4% dans le 13e, qui déterminent le risque d'enregistrer davantage de décès en période de forte chaleur, soulignent les auteurs. Ces derniers ont croisé de multiples données sur la mortalité et l'urbanisme des quartiers parisiens.
"Contrairement aux idées reçues, les arrondissements les plus aisés de Paris sont, en moyenne, plus vulnérables à une surmortalité liée aux fortes chaleurs", explique le chercheur Hicham Achebak, principal auteur de l'étude, cité dans le communiqué de l'Inserm.
"Ce phénomène s'explique par une faible présence d'espaces verts, combinée à un bâti ancien dense et minéral dans ces quartiers", argue-t-il.