Canicules, incendies : l'été noir des urgences documenté par une enquête du syndicat SUdF

Explosion d'appels dans les Samu, renforts insuffisants, jusqu'à "38 degrés" à l'intérieur, des morts sur des brancards : une enquête du premier syndicat d'urgentistes, publiée jeudi, documente l'été à haut risque des services d'urgences, les canicules et incendies intensifiant les tensions devenues chroniques.

Quelque 143 professionnels - parfois chefs - de services d'urgences, Samu-SAS et Smur (équipes mobiles du Samu) de 80 départements ont répondu à cet "état des lieux", déclaratif, qui "ne prétend pas fournir une mesure exhaustive" de l'ensemble des structures d'urgences, précise Samu-Urgences de France (SUdF) dans un communiqué.

La France compte environ 700 points d'accueil des urgences et une centaine de Samu-SAS.

Dans les Samu-SAS ayant mesuré l'activité, la quasi-totalité des interrogés (95 sur 98 réponses exploitables) ont constaté une hausse du nombre d'appels au "15" pendant les épisodes caniculaires, d'au moins 20% dans plus de la moitié des cas et d'au moins 50% dans onze structures.

Cette surcharge a du être absorbée à effectifs "quasi-constants", observe SUdF, les renforts étant généralement "ponctuels", "insuffisants" et "inégaux" selon les territoires.

La grande majorité des structures déplorent des difficultés - souvent ou occasionnellement - pour trouver des ambulanciers privés ou des véhicules de sapeur-pompiers disponibles, et 23 signalent "des événements indésirables graves" concomitants avec des difficultés de transport, sans pouvoir "établir de lien de causalité".

"La canicule augmente la pression" mais le principal "goulot d'étranglement" reste le manque constant de lits d'hospitalisation en "aval" des urgences, pour absorber le flux : parmi 58 services d'urgences ayant réalisé des comptages, 43% ont déclaré au moins 20 "patients-brancards" quotidiens, c'est-à-dire restés la nuit faute de places ailleurs.

Une centaine ont mesuré la "durée maximale" d'attente, vécue par au moins un patient cet été : elle atteignait ou dépassait 48H dans la moitié des services, et 72H ou plus - soit trois jours - dans 32 structures.

Vingt-six structures ont, elles, déclaré "au moins un décès" de patient "pris en charge ou en attente sur un brancard". L'enquête "ne permet pas" d'en déterminer les causes ou de "mesurer une éventuelle surmortalité", mais constitue "un signal", méritant "une investigation", plaide SUdF.

L'enquête documente aussi le manque de climatisation : elle était "absente ou partielle" pour plus de la moitié des 143 professionnels interrogés, dont 21 ont travaillé sans "aucune climatisation".

Parmi 35 structures ayant réalisé des relevés de température, la moitié ont enregistré 32°C ou plus, avec, pour certaines, des pics supérieurs à 38°C, "un véritable facteur d'aggravation" pour les malades, selon les représentants d'urgentistes.