Canicules : déjà 1.300 morts en excès constatées en mai et juin, selon de premiers bilans

Une première photographie du coût humain des canicules en 2026: quelque 300 décès de plus que la normale ont été enregistrés en France lors de la vague de chaleur précoce de fin mai, et celle de juin, plus sévère, devrait s'avérer beaucoup plus meurtrière.

Alors que la France sort de deux canicules inédites par leur précocité en mai et leur intensité en juin, les conséquences sanitaires sont au coeur des échanges politiques, électrisant les débats à l'Assemblée mardi où le Premier ministre Sébastien Lecornu a été vivement pris à partie par les Ecologistes.

Après un bilan provisoire de 1.000 décès pour la canicule de juin, Santé publique France (SpF) a établi un bilan pour les fortes chaleurs du 24 au 28 mai: en cinq jours, environ "300 décès en excès" ont été enregistrés.

Cela correspond à "une augmentation de près de 14%" comparé au nombre attendu de décès - basé sur les six années précédentes, hors évènements extrêmes - a indiqué mardi sa directrice générale, Caroline Semaille.

Ce calcul repose sur les données de mortalité "toutes causes", issues des bureaux d'état-civil.

Les trois quarts de ces décès sont ceux de personnes âgées de plus de 75 ans, parmi les plus vulnérables de la population, et ne sont "pas forcément liés à la canicule ou aux fortes chaleurs", a-t-elle immédiatement précisé lors d'un point presse.

Le bilan consolidé du nombre de décès attribuables à la chaleur, "on n'est capable de le faire qu'à la fin de la saison chaque année", en septembre, a-t-elle rappelé.

Pour la canicule de juin, un tout premier bilan d'un millier de décès supérieur à la normale depuis le 24 juin - où des températures ont dépassé 40°C à de nombreux endroits - a été dévoilé dimanche.

En ajoutant les 300 morts annoncées ce mardi, on arrive donc au chiffre de 1.300 morts au moins possiblement attribuables cette année à la chaleur, qui a mis sous forte tension les hôpitaux et les secours d'urgence.

Ce bilan encore très provisoire est voué à s'alourdir car il repose principalement sur les certificats électroniques de décès, qui "ne couvrent que 60% en moyenne des décès", a précisé le cabinet de la ministre de la Santé.

- Bataille de bilans -

Or la canicule à peine achevée a touché "de façon bien plus importante les personnes isolées à domicile", comparé à celles vivant en Ehpad ou hospitalisées, de sorte "qu'on s'attend à ce que les chiffres, une fois consolidés, soient bien plus importants".

Le bilan sera "probablement supérieur" à celui de l'an dernier, à savoir 5.700 morts liées à la chaleur, a jugé lundi soir le directeur général de l'AP-HP, Nicolas Revel.

Les décès de mai ont été recensés dans 17 départements principalement situés sur la façade atlantique et en Ile-de-France - six classés en "canicule rouge" et 11 en "orange" -, a souligné l'agence sanitaire.

Mais cet épisode est "très différent de celui qu'on vit aujourd'hui", a souligné le Dr Semaille, estimant "qu'on sera quand même sous les niveaux" de surmortalité de la canicule de 2003, qui avait tué près de 15.000 personnes en France hexagonale.

SpF publiera vendredi une nouvelle estimation de la surmortalité observée pendant la canicule historique de juin.

Alors que le groupe écologiste s'apprête à déposer une motion de censure du gouvernement sur sa gestion de la canicule, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est indigné mardi du bilan "scandaleux" et "faux" de "10.000 morts" évoqué par des Ecologistes, réfutant à l'Assemblée toute "inaction" face à l'urgence climatique.

Le gouvernement avait semblé tarder dans sa gestion de la vague de chaleur précoce fin mai, convoquant une réunion à Matignon le jeudi, six jours après le début de l'épisode, et les oppositions s'étaient engouffrées dans la brèche.

En juin, la deuxième canicule a éprouvé les organismes et perturbé écoles et transports, et les critiques sur le manque d'anticipation face au dérèglement climatique sont allées crescendo, à moins d'un an de la présidentielle.

Et la France va connaître "sans doute un nouvel épisode caniculaire à partir de ce week-end", a annoncé mardi à l'AFP le prévisionniste du service météorologique national (Météo-France) Patrick Galois, sans toutefois pouvoir encore en estimer la durée ou l'intensité.