Les urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou, un des principaux hôpitaux parisiens, sont sous forte tension en raison de la canicule, a alerté vendredi le chef des urgences Philippe Juvin, décrivant une situation "extrêmement grave".
Depuis lundi, "le flux de patients ne baisse pas, il a beaucoup augmenté hier", a décrit le professeur de médecine sur BFMTV/RMC.
"Les couloirs sont pleins" de patients "plutôt âgés", mais aussi de patients "de 50-60 ans", présentant "des hyperthermies très fortes", a-t-il indiqué, évoquant aussi "des SDF qui arrivent avec 42 degrés de température".
Les capacités d'hospitalisation sont "saturées" voire "dépassées" avec 53 patients hospitalisés pour 20 lits habituellement, a-t-il poursuivi. "Ils sont dans des brancards, dans les couloirs ou sur des lits que nous sommes allés chercher dans des chambres désaffectées", a-t-il décrit.
"On essaie de les caser où on peut. C'est une situation extrêmement grave", a-t-il averti, relevant que, si aucun décès n'a été constaté dans la nuit, "des patients sont dans un état très précaire".
"Nous avons du mal à avaler les flux", a-t-il averti, signalant que "vingt patients n'avaient toujours pas été vus à 7h du matin".
Le gouvernement a sonné jeudi la "mobilisation générale" du système de soins face à la canicule, les autorités redoutant à plus ou moins brève échéance une surmortalité dans la population, les aggravations brutales de maladies chroniques pouvant mettre cinq à dix jours à survenir.
Philippe Juvin s'est inquiété de possibles décès encore non recensés à domicile, estimant "probable" une hausse de la mortalité "pendant 2-3 jours minimum".
Celui qui est aussi député LR a appelé chacun à prendre soin "de ses voisins" et à distribuer " des bouteilles d'eau aux sans domicile fixe ".
Face à la saturation des urgences, il juge "totalement déraisonnable" de maintenir à Paris le festival Solidays, de vendredi à dimanche. La Marche des Fiertés, initialement prévue samedi, a quant à elle été reportée, selon son organisateur.
"On est déjà sous l'eau, on a du mal à prendre en charge les patients qui nous arrivent déjà", a-t-il insisté.
Il a indiqué avoir rappelé "tous les médecins qui ont un jour travaillé dans le service" pour venir renforcer les équipes. "Un certain nombre ont répondu dès ce matin, à cette heure, dès le premier message", a-t-il dit.
Dans un bilan de l'activité de ses urgences, fait jeudi à 18 heures, l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a recensé "plus de 2.700 passages" dans les 24 heures précédentes, "dont une centaine liée directement à la canicule". Les plus de 75 ans représentaient 18% de ces passages.
Du côté des SAMU de l'AP-HP (Paris, Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine, Seine-et-Marne), l'activité a été "particulièrement soutenue en début de semaine, avec une augmentation de plus de 50% du volume d'appels" par rapport à la même période de 2025. Et il y a eu une "augmentation importante du nombre d'arrêts cardiaques".
L'AP-HP "reste très attentive à l'évolution de la situation, notamment les prochains jours". Outre les coups de chaleur ou déshydratations, rappelle-t-elle, "les fortes chaleurs peuvent aggraver certaines maladies chroniques (...) entraînant des consultations ou hospitalisations parfois plusieurs jours après le début de l'épisode".