Canicule: Monique Barbut, symptôme du recul politique de l'écologie

Face à la canicule historique qui a frappé la France ces 10 derniers jours, la ministre Monique Barbut n'a pas su remettre la transition écologique au centre des débats, de l'avis des observateurs, qui soulignent un déficit "d'incarnation", huit mois après sa nomination.

"Ceux qui nous écoutent (...) découvrent sans doute votre nom, le son de votre voix. (...) Il aura fallu cette canicule (...) et ces records de chaleur pour que vous parliez aux Français", l'apostrophe mercredi le journaliste Benjamin Duhamel sur France Inter.

"J'ai une parole peut-être rare mais je la prends quand clairement j'entends un certain nombre de choses qui m'offusquent", se défend la ministre de la Transition écologique, ex-responsable associative, décrite davantage comme une femme de dossiers que de joutes politiques.

Elle tacle les propositions de l'opposition comme le "congé climatique" proposé par les Ecologistes ou le plan massif de climatisation poussé par le RN.

"Ramener le débat de l'adaptation au changement climatique (...) à une affaire de climatiseurs ou de jours de congés, ça me paraît désolant", juge Mme Barbut, connue pour son franc-parler, défendant l'adaptation comme une "politique de long terme", nécessitant un "mur d'investissements".

Elle renchérit deux jours plus tard, lors d'un déplacement, se disant "horrifiée par les gens qui me disent +Oh, mais il y a qu'à mettre la clim' partout+", tandis que les ventes de climatiseurs explosent dans le pays.

Cette question divise la classe politique: le RN propose un "plan massif de climatisation" tandis que, pour les Écologistes, elle "fait partie des solutions" mais peut aussi être une source d'"aggravation" du phénomène de chaleur.

"Ce n'est pas dans l'urgence qu'on règle les sujets d'adaptation", appuie un bon connaisseur des dossiers environnementaux, qui observe que, depuis 10 ans, un "certain nombre de choses ont été engagées à la fois sur l'atténuation (du réchauffement climatique, NDLR) et l'adaptation".

- Maladresses -

Mais la ministre peine à "gagner les arbitrages" budgétaires, souligne-t-il, car elle "paye ce qu'elle n'a pas fait au cours des huit derniers mois, notamment en matière d'incarnation de ce ministère".

D'autant que s'ajoutent des maladresses, comme lorsqu'elle évoque mercredi un nouvel épisode caniculaire avant le 14 juillet. C'est seulement un "scénario" parmi d'autres, la reprend la porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, invitant à être "extrêmement prudent lorsqu'on parle de prévisions météorologiques".

Dans son ministère, un projet de réorganisation fait grincer des dents.

En pleine "guerre climatique", "la ministre de la Transition écologique joue au Lego avec ses organigrammes", tance la fédération Feets-FO, qui représente notamment les agents du ministère de la Transition écologique.

La création d'une nouvelle direction générale de l'environnement "vise à démanteler ce qui reste du grand ministère issu du Grenelle" de l'environnement de 2007, "à recréer des silos et à détruire la vision transversale qui est le seul acquis de vingt ans de politique environnementale", juge le syndicat.

Jean-François Julliard, directeur général de France Nature Environnement (FNE), se dit lui "sidéré" par "le peu de réponses politiques et de propositions en pleine canicule".

"Le fait qu'on n'a pas réussi à adapter la France au changement climatique, c'est ça que j'aurais aimé entendre dans la bouche de Mme Barbut, qu'elle reconnaisse déjà ça en disant +on va redoubler d'efforts+ (...), plutôt que de dire +c'est pas de notre faute, c'est pas de notre faute+".

"L'écologie a perdu du poids dans le gouvernement pour plein de raisons qui ne dépendent pas de la personne" de Mme Barbut, relativise Elise Naccarato, responsable du plaidoyer inégalité climatique pour Oxfam France, qui déplore toutefois la discrétion de la ministre.

"Ce n'était pas aujourd'hui qu'elle aurait pu changer complètement de dimension", mais "là, on est dans une urgence telle qu'on aurait pu avoir une demande de sanctuarisations du budget du fond vert, par exemple".

Ce fonds, destiné à soutenir les collectivités locales pour investir dans la transition écologique, a été divisé par trois en deux ans, passant de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 837,5 millions en 2026.

"Chaque journée perdue pour la ministre, c'est une journée perdue pour la transition écologique. C'est une journée perdue pour les personnes qui vont être malades ou mourir à cause de ces vagues de chaleur", conclut Mme Naccarato.