L'Etat "continue à méconnaître l'urgence climatique" et "faillit à protéger la population face aux risques climatiques", en particulier les plus fragiles, premières victimes d'un sous-investissement chronique dans le système de santé notamment, estime l'ONG Oxfam dans un rapport publié jeudi.
Le changement climatique est une "bombe sanitaire passée sous les radars du gouvernement", dit l'ONG pour qui ses impacts sur la santé sont "insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques": lutter contre la pollution de l'air, rénover les logements et respecter la trajectoire de neutralité carbone sont des mesures à "prioriser urgemment".
"Le système de santé ne parvient plus à protéger la population des conséquences du changement climatique", lit-on dans le document auquel ont contribué chercheurs de l'Inserm et universitaires alors qu'"à l'hôpital, il fait de plus en plus chaud, au point qu'il devient de plus en plus difficile d'y soigner".
La chaleur a causé la mort de 5.722 personnes à l'été 2025 en France, selon Santé publique France. "La mortalité liée à la chaleur y a été 31% plus élevée dans les 10 départements les plus pauvres que dans les 10 départements les plus riches", dit le rapport, qui alerte notamment sur les fumées de feux de forêt, "dix fois plus nocives pour la santé que les pollutions routières et industrielles".
"Nous sommes particulièrement vulnérables à ces conséquences sur la santé, car l'état de notre système de santé continue à se dégrader à l'heure où le changement climatique augmente les besoins de soins", affirme l'ONG, pointant la suppression "d'un quart des lits d'hôpital depuis 2000" et la baisse des effectifs d'infirmiers et d'aides soignants entre 2012 et 2023.
Or les risques sanitaires "ne se limitent pas à la déshydratation des personnes âgées": les risques d'insuffisance rénale aiguë (+70% lors des canicules de plus de sept jours) d'infarctus du myocarde (+7% lors des journées les plus chaudes de l'année) et d'AVC (+3,8% pour chaque degré supplémentaire au-delà d'un seuil variable selon les régions), augmentent aussi, souligne l'ONG.
Les infrastructures hospitalières sont "particulièrement vulnérables aux risques climatiques" alors que "59,5% du bâti est vétuste", ce qui "menace la prise en charge des malades à des moments où les besoins sont pourtant les plus importants", dit-elle.
Or "les personnes victimes de précarité, subissent "une triple peine: risque disproportionné de vivre avec une maladie chronique, aggravation de ses symptômes et soins perturbés", estime Oxfam, pour qui "en l'absence d'une anticipation renforcée des risques, le changement climatique aggravera les inégalités de santé déjà existantes".