Canicule: la vague arrive sur le système de soins, jusqu'où montera-t-elle ?

Record d'appels au Samu, services d'urgences en surchauffe, inquiétudes sur les décès à domicile: après plus d'une semaine de canicule, la population française souffre et les signaux d'alerte se multiplient à travers le système de soins.

"On voit une augmentation de l'activité aux urgences, une augmentation de l'activité aux SAMU, chez les médecins de ville", a indiqué la ministre de la Santé Stéphanie Rist, en marge d'un déplacement dans un centre d'hébergement d'urgence.

"Vous savez que la canicule fait son effet cinq à dix jours après, on rentre dans ces jours inquiétants pour la santé de nos concitoyens", a poursuivi la ministre.

Les chiffres consolidés des décès liés à la canicule ne sont pas encore connus, mais "évidemment, on voit des décès arriver", a-t-elle dit.

"En France les fortes chaleurs causent entre 1.000 et 7.000 morts par an: on peut supposer que cet été on sera plus proche de 7.000 que du millier. Il est certain que c'est une vague de chaleur qui est vraiment très importante et qui va avoir des effets" sur la santé de la population, dit à l'AFP Basile Chaix, directeur de Recherche à l'Inserm.

Sur le terrain, l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France a déclenché un plan blanc pour tous les hôpitaux et établissements médico-sociaux (Ehpad notamment) de la région.

Le plan blanc permet notamment si nécessaire de prolonger les horaires des personnels, ou bien de les rappeler.

Parmi les éléments qui ont conduit à cette décision, l'ARS a cité notamment la forte hausse des appels au 15 (+ 61% par rapport à la semaine dernière), une hausse de 47% des passages aux urgences des plus de 75 ans, ou encore des problèmes techniques liés à la chaleur comme des avaries dans les groupe de réfrigération, ou des coupures d'électricité.

Prise globalement, l'activité des urgences reste "maitrisée", mais elle est "très hétérogène d'un territoire à l'autre", a aussi indiqué l'ARS francilienne.

A Rennes où le CHU est en plan blanc, le Samu a jeudi vu son nombre d'appels quotidien croître de moitié, atteignant 2.908 appels, "un record absolu", soit "plus d'appels qu'au pic de la crise du Covid", selon Matthieu Revest, infectiologue et directeur médical de crise de l'établissement.

"On a l'impression que ca a explosé hier chez tout le monde", a résumé auprès de l'AFP le docteur Mathias Wargon, chef du service des urgences et du SMUR de l'hôpital Delafontaine en Seine-Saint-Denis, en faisant référence à ses échanges quotidiens avec un certain nombre de collègues.

La vague arrive, mais "on ne sait pas encore quelle sera sa hauteur", "ni sa durée", a-t-il ajouté.

- Décès à domicile -

Le ministère de la Santé s'est dit, par ailleurs, préoccupé des "décès à domicile", une inquiétude aussi formulée par Philippe Juvin, le député et chef des urgences de l'hôpital parisien Georges Pompidou (AP-HP). "Probablement (que) les gens qui meurent, meurent avant d'arriver à l'hôpital" a-t-il estimé, à propos en particulier des personnes âgées.

M. Juvin a estimé "probable" une hausse de la mortalité "pendant 2-3 jours minimum".

"On va trouver dans les jours qui viennent des gens qui sont chez eux et qui, probablement, sont en train de mourir", a-t-il ajouté.

A Paris, l'annulation du festival Solidays qui était prévu ce week-end, comme celle de la Marche des fiertés prévue samedi, ont été en tout cas accueillies avec soulagement dans les hôpitaux parisiens, a expliqué un responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Ceux-ci redoutaient un afflux de patients, alors que des signes de surcharge commencent à poindre ça et là.

En revanche, le meeting international d'athlétisme de dimanche au stade Charléty est lui, maintenu.

Selon l'épidémiologiste Mathilde Pascal de l'agence sanitaire nationale Santé publique France, "le risque de décès, le plus élevé dans les premières heures suivant l'exposition à une température extrême, se maintient en général pendant trois jours", mais peut aller "jusqu'à dix jours".