Canicule: la ministre de la Santé anticipe des décès dans les jours qui viennent

La ministre de la Santé a dit s'attendre vendredi à des "décès" dans les jours qui viennent, liés la canicule, exceptionnelle par son intensité et sa durée, qui touche encore les deux tiers de la France, redoutant notamment la survenue de décès "à domicile".

"Je n'ai pas de chiffres consolidés du nombre de décès liés à la canicule, puisque vous savez que quand quelqu'un décède, il faut faire une analyse, une enquête pour savoir si c'est du fait de la canicule ou pas", a-t-elle dit à des journalistes lors d'une visite d'un centre d'hébergement d'urgence à Paris avec le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou.

"Évidemment, on voit des décès arriver, on voit surtout une augmentation de l'activité aux urgences, une augmentation de l'activité aux SAMU, chez les médecins de ville", a-t-elle ajouté.

"Vous savez que la canicule fait son effet cinq à dix jours après, on rentre dans ces jours inquiétants pour la santé de nos concitoyens", a poursuivi la ministre.

"Il y aura des conséquences sur le nombre de décès supplémentaires. Il y a des conséquences, on le voit, avec nos hôpitaux qui sont en tension", a-t-elle dit, appelant chacun à la responsabilité individuelle en faisant attention aux personnes isolées dans son entourage.

Plus tôt dans la journée, son cabinet s'était dit "préoccupé par la survenue de décès à domicile sur l'ensemble du territoire".

Après plusieurs jours de chaleur extrême, la France est encore frappée vendredi aux deux tiers par une canicule d'ampleur exceptionnelle. L'épisode est d'ores et déjà comparable par son intensité à la canicule de 2003 qui avait tué quelque 15.000 personnes en France, principalement des personnes âgées.

Les autorités sanitaires ne sont pas encore en mesure de donner des estimations en matière de mortalité pour l'épisode en cours, les effets de la chaleur pouvant se traduire après plusieurs jours, mais plusieurs responsables alertent déjà sur des décès.

Le maire PS de Paris, Emmanuel Grégoire, a ainsi évoqué jeudi une "mortalité en hausse" dans la capitale, sans plus de chiffres, une tendance confirmée vendredi par le ministère de la Santé.

À travers la France, les hôpitaux apparaissent de plus en plus sous tension, alors que le gouvernement a activé le niveau maximal d'un plan d'urgence sanitaire, dit Orsan.

Mais, "probablement (que) les gens qui meurent, meurent avant d'arriver à l'hôpital", a prévenu vendredi, sur RMC/BFMTV, le chef des urgences de l'hôpital parisien Georges Pompidou (AP-HP), Philippe Juvin, évoquant par ailleurs une situation "extrêmement grave" dans son service où "le flux de patients ne baisse pas".

Il s'est ainsi inquiété de possibles décès encore non recensés à domicile, en particulier chez les personnes âgées, et a estimé "probable" une hausse de la mortalité "pendant 2-3 jours minimum".

"Les patients âgés parce qu'ils restent chez eux, personne ne s'occupe d'eux, ils sont abandonnés, les malheureux, et puis un jour, on se dit, tiens, qu'est-ce qu'ils deviennent ? On les retrouve dans un état terrible", a poursuivi M. Juvin, prévenant "qu'on va trouver dans les jours qui viennent des gens qui sont chez eux et qui, probablement, sont en train de mourir".