Les légumes ont particulièrement souffert des épisodes caniculaires successifs, explique Cyril Pogu, coprésident de Légumes de France, association spécialisée de la FNSEA, qui plaide pour des aides d'urgence mais aussi des investissements à plus long terme pour l'irrigation et la recherche.
Question: Quelles sont les régions et les cultures les plus touchées?
Réponse: la Bretagne souffre particulièrement mais toute la façade Ouest est touchée: des Landes, surtout pour les carottes, jusqu'au département du Nord, en passant par le Centre-Val de Loire.
En 2003, l'impact avait été fort puis on était retombés dans une situation plus normale. Là, on enchaîne les phénomènes.
Ça fait deux mois et demi qu'il n'a pas plu du tout dans des exploitations qui ne sont pas équipées pour irriguer.
La Bretagne n'irrigue que 15% des surfaces de légumes.
Dans cette région, les salades, les artichauts, les brocolis, les choux, les mises en place pour les cultures d'automne et d'hiver... Toutes les cultures non irriguées ont été impactées.
Les salades plantées toutes les semaines ont été détruites par les canicules. Résultat, les prix ont parfois doublé et il y a des rayons vides.
Le matériel génétique à disposition n'est pas adapté: au lieu de pommer (former une boule, ndlr), la laitue est partie en floraison pour produire des graines.
Dans le bassin nantais, on fait beaucoup de jeunes pousses, de radis, d'épinards, de roquette mais aussi de la tomate qui est en serre a mieux résisté.
Mais, on s'est quand même retrouvés dans les serres à avoir du pollen qui a trop chauffé et cela cause des problèmes quand le fruit se forme. Dans ma coopérative, on a 30% seulement du volume prévisionnel cette semaine.
Question: Quel est l'impact social et économique ?
Réponse: Le travail n'est pas linéaire, on a trop de monde. On n'avait jamais eu recours à du chômage partiel ou du chômage technique. Là, vu l'ampleur, on se pose la question.
Certains ont pris la décision de se séparer d'une bonne partie des saisonniers.
Humainement, c'est compliqué pour toute la filière, fin juin les producteurs étaient épuisés comme une fin septembre.
Les aides du gouvernement seront bienvenues car certains vont être en faillite.
Mettre en place un hectare de production peut coûter 15.000, 20.000... 25.000 euros. Pour des grosses coopératives, les pertes se mesurent déjà en dizaines de millions d'euros.
Question: Quelles pistes d'adaptation ?
Réponse: La difficulté dans des moments aussi durs est de convaincre les collègues qu'il faut investir pour se préparer à lutter. La plus grosse erreur serait de se dire 'c'est arrivé cette année, ça n'arrivera plus'. Il faut qu'on monte tous d'un cran.
La Bretagne, contrairement à d'autres bassins de production, il faut qu'ils (accélèrent les investissements, ndlr) mais ils sont encore en bas de l'échelle.
La première évolution sera de s'équiper pour irriguer. Il faudra créer des réserves d'eau, des systèmes et des réseaux d'irrigation et de pompage.
Chez moi, j'ai de la serre en micro-irrigation, en plein champ on est à l'aspersion, mais aussi en goutte à goutte. C'est une solution pour économiser l'eau.
Il faut aussi que la recherche avance. Je suis persuadé que ce qui a été voté au niveau de l'Union européenne après dix ans de discussions sur les nouvelles techniques génomiques (NGT) va nous apporter des solutions à ces phénomènes.
C'est-à-dire des plantes plus résilientes, plus résistantes à la sécheresse, aux températures élevées. On ira aussi chercher de la résistance contre les ravageurs et les maladies. Il faut une évolution du matériel génétique mis à disposition.
Enfin, en France, il y a à peu près 220.000 hectares de terres dédiées aux légumes, dont 7.500 hectares d'abris froids et environ 1.300 hectares de serres chauffées.
Il faut absolument accélérer sur les abris froids: augmenter la surface de cultures protégées d'au moins 30% dans les 10 années à venir, soit 2.000 hectares de plus. Mais l'administration demande des études invraisemblables. Mes collègues baissent les bras quand ils voient qu'au bout de 3 ans, 5 ans, parfois 10 ans, il n'y a toujours pas d'autorisation de construire.