Blanc de Meudon sur les vitres, couvertures de survie accrochées aux fenêtres... Face à la canicule, des parents d'élèves bricolent pour tenter de faire baisser la température dans les classes, un système D qui révèle l'absence de solutions durables.
Frappée par une vague de chaleur depuis près d'une semaine, la France s'attend à des températures encore en hausse, parfois au-delà de 40°C, dans un épisode appelé à durer et déjà comparé à la canicule de 2003.
L'épisode perturbe fortement la vie scolaire, avec 845 écoles et collèges fermés lundi et 1.800 autres dont les horaires ont été aménagés sur les 60.000 établissements du pays, selon le ministère de l'Éducation, sans compter tous les établissements qui suggèrent aux parents de garder leurs enfants à la maison.
A Nantes, un groupe de parents d'élèves de l'école maternelle Marie-Anne du Boccage a pris l'initiative pendant le week-end de recouvrir les fenêtres de blanc de Meudon, censé réfléchir la chaleur, dans l'espoir d'atténuer la température dans les classes. Les écoles nantaises seront fermées lundi et mardi après-midi en prévision des 38 et 40°C annoncés.
"Il y a un petit ventilateur par classe mais malheureusement, cela ne suffit pas. Il y a déjà eu des alertes par le passé, beaucoup d'écoles sont dans ce cas. Cette année, on en est déjà à la deuxième canicule, il faut faire quelque chose", explique Amélie Le Provost, mère de trois enfants de maternelle et primaire, membre du collectif nantais "35°C à l'école".
La fermeture des écoles n'est "pas une solution satisfaisante, à court ou à long terme", estime-t-elle.
- "Pansement sur une plaie béante" -
Même chose à Paris: dans une école maternelle du XIVe arrondissement, "une dizaine de parents volontaires" ont également appliqué du blanc de Meudon et fixé en plus des couvertures de survie sur les fenêtres. "Ce sont des initiatives financées par les parents, pas par la mairie", souligne Aurélie (qui n'a pas voulu donner son nom).
A l'école Marsoulan, dans le XIIe arrondissement de la capitale, des couvertures de survie ont également été installées aux fenêtres "pour pallier le manque de stores que nous attendons et réclamons à la mairie", explique Gaëlle Roubere, membre de Marsoulan association parents d'élèves (Mape).
Les parents d'élèves se sont également cotisés pour acheter des toiles d'ombrage à mettre dans la cour, très peu ombragée.
"On était monté jusqu'à 38,6°C l'année dernière. Là, avec la vague de chaleur qu'on est en train de vivre actuellement, ça va certainement dépasser ce maximum", s'alarme-t-elle. L'an dernier, "on a eu des malaises, on a dû faire appel malheureusement au SAMU".
"La direction de l'établissement fait ce qu'elle peut et fait bien les choses", assure Marie-Gabrielle Baillet, élue FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves) des écoles Marsoulan.
"Elle arrose la cour pour essayer d'humidifier un peu pour que les choses soient plus tolérables, mais on voit bien que c'est du système D et du bricolage et ça peut pas suffire et ça met quand même en danger nos enfants", estime-t-elle.
Toutes ces solutions, "c'est un pansement sur une plaie béante", résume Aurélie.
- Protocole canicule -
D'autant que les situations varient d'une commune à l'autre: à Montreuil (Seine-Saint-Denis), aucun ventilateur n'est installé dans l'école primaire de la fille d'Audrey. Les enseignants, tout comme les parents, ont pourtant proposé d'en apporter, mais la mairie s'y est opposée pour des raisons d'assurance, raconte-t-elle.
Toute ces initiatives "sont les bienvenues", "mais ce n'est pas aux parents de trouver des solutions alternatives", regrette Mustapha Ozcelik, vice-président de la FCPE.
L'organisation réclame un "vrai protocole canicule établissement par établissement, avec des seuils de température déclenchant automatiquement des mesures adaptées: horaires aménagés, accès à des salles plus fraîches ou adaptation des activités.
"Derrière tout ça, la question de fond, c'est de savoir si l'État veut réellement prendre le problème à bras-le-corps (...) en fournissant les dotations nécessaires pour adapter le bâtiment au réchauffement climatique", juge-t-il.