Les responsables politiques "passeront à autre chose" lorsque l'épisode record de canicule sera terminé, a averti le paléoclimatologue Jean Jouzel, vice-président du Giec (groupe d'experts sur le climat travaillant pour le compte de l'ONU), dans un entretien à la Tribune à paraître dimanche.
Alors qu'on lui demande si les responsables politiques ont été à la hauteur de l'événement, le scientifique répond : "Oui mais, comme à chaque fois, quand la vague de chaleur sera terminée, ils passeront à autre chose".
"L'an dernier déjà, la fragilité des écoles avait été soulevée et cet été le problème demeure", a déclaré M. Jouzel alors que des milliers d'établissements scolaires ont dû aménager leurs horaires, voire fermer, à cause de la canicule.
Plus largement, M. Jouzel déplore "un manque de courage politique": "s'adapter ne suffira pas. Il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce n'est pas un jeu", a-t-il insisté.
En matière d'adaptation, les écoles constituent l'urgence première, selon le climatologue, qui appelle à y "développer l'installation de pompes à chaleur. Comme dans les Ehpad", ainsi que des volets et une conception architecturale "prenant en compte le réchauffement climatique".
Espérant que le sujet du changement climatique occupera la prochaine campagne de l'élection présidentielle de 2027, M. Jouzel souhaite qu'on y parle "solidarité et sobriété, ce qui semble difficile pour les décideurs politiques".
Quelles sont les leçons à tirer de ce mois de juin ?
"Le Giec n'a pas exagéré. Ce que l'on vit, c'est ce qu'on anticipe depuis cinquante ans. Ça doit inciter tous les citoyens à tenir compte de ce que les scientifiques disent. Les gens ferment les yeux, mais c'est extrêmement sérieux", a conclu M. Jouzel.