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Bure: face-à-face attendu entre opposants au nucléaire et forces de l'ordre

Dix jours après l'évacuation forcée des opposants au projet d'enfouissement des déchets nucléaires, la commune de Bure, dans la Meuse, pourrait être le théâtre ce week-end d'un nouveau face-à-face tendu avec les forces de l'ordre.

Un arrêté, pris par la préfecture de la Meuse jeudi soir, interdit "toute manifestation" samedi et dimanche dans le secteur, en raison de la perspective de "troubles graves à l'ordre public".

Une interdiction qu'ont décidé d'outrepasser les opposants à ce projet baptisé Cigéo, qui avaient prévu depuis le début de l'année un grand rassemblement à Bure ce premier week-end de mars.

"Nous vous invitons toujours à venir nous rejoindre. Les préparatifs vont bon train. On ne va pas se laisser faire!", écrivaient vendredi après-midi les opposants.

Le programme officiel de la manifestation prévoit des discussions et débats entre les différents comités d'opposants, une marche vers la forêt évacuée, ainsi que la construction d'une "vigie" sur un terrain prêté à la lisière du bois.

Mais d'après la préfète de la Meuse, Muriel Nguyen, "plus de 700 opposants sont attendus" samedi et dimanche, dont "un nombre important" présente un "profil extrêmement inquiétant".

"Il existe un fort risque d'affrontements avec les forces de l'ordre stationnées aux abords du bois", étant donné "le caractère jusqu'au-boutiste de certains des opposants" et "le mot d'ordre visant à réinvestir" la zone, a fait valoir la préfète, justifiant son interdiction.

La circulation et le stationnement sont également interdits à Bure et à Mandres-en-Barrois, jusqu'à lundi compris.

- Forêt sous surveillance -

"Après l'évacuation, l'État aggrave la coercition", s'est offusqué l'association France nature environnement, qui réclame dans un communiqué "un apaisement de la situation locale en arrêtant les pressions des forces de l'ordre".

Le 22 février à l'aube, une opération d'évacuation surprise, mobilisant 500 gendarmes et des hélicoptères, avait été lancée pour évacuer une quinzaine d'opposants installés dans le bois Lejuc. Cette forêt a été retenue par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pour y procéder à des forages exploratoires avant de déposer une demande d'autorisation formelle de création du site de stockage des déchets nucléaires, a priori en 2019.

L'opération policière de grande ampleur avait été lancée pour éviter que les opposants ne puissent mener à bien leurs projets d'installer des constructions en dur dans le bois, ce qui l'aurait transformé en Zad ("zone à défendre") à l'image de celle de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique.

Depuis l'évacuation, des gendarmes continuent de surveiller le bois.

Le site de Bure a été choisi en 1998 pour accueillir un laboratoire souterrain qui doit préparer l'enfouissement à 500 mètres sous terre des déchets nucléaires les plus radioactifs ou à vie longue du parc français. Mais ce projet n'en est qu'à ses prémisses et aucun déchet radioactif n'est encore sur place. Les premiers pourraient éventuellement arriver pour une phase de pilote industriel entre 2025 et 2035, avait rappelé le 23 février le secrétaire d'Etat à la Transition écologique, Sébastien Lecornu.

"Je suis à la disposition de tous les opposants légaux pour améliorer sans cesse le projet et les outils de concertation associés", a encore insisté vendredi le membre du gouvernement, qui sépare "opposants légaux" et ceux qu'il appelle des "délinquants".

"L'opposition légale" est "un terme hypocrite vidé de tout sens", a dénoncé le Réseau Sortir du nucléaire.

Depuis le lancement du projet de Bure, les manifestations d'opposants se sont multipliées et des recours judiciaires ont été intentés pour empêcher le démarrage des travaux. En août, des affrontements avaient fait six blessés parmi les opposants et deux parmi les gendarmes.

Au moment de l'évacuation du bois Lejuc le 22 février, sept personnes avaient été interpellées, une dans le bois et les autres dans la Maison de résistance, un bâtiment perquisitionné à Bure le même jour. Un homme de 24 ans et une femme de 30 ans ont été placés en détention provisoire jusqu'à leur procès prévu le 19 mars.

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