Le gouvernement veut en finir avec les "rentes" dans les énergies renouvelables en mettant fin aux "rémunérations excessives" des dispositifs les plus anciens, sans remettre en cause son soutien à la filière, selon le projet de budget 2027 dévoilé jeudi.
Le texte prévoit de "rendre le financement des énergies renouvelables plus efficient en mettant notamment fin aux rémunérations excessives des dispositifs de soutien et aux rentes potentielles héritées des dispositifs historiques".
Il vise particulièrement certains contrats dans le solaire "dont la rentabilité s'est révélée très supérieure à celle initialement prévue, du fait de la conjonction de tarifs élevés fixés lorsque les filières étaient naissantes et de la division par quatre des coûts d'installation sur une très courte période de temps", précise le document dans l'exposé des motifs.
Le montant total d'économies envisagé en 2027 est estimé à environ 120 millions d'euros, pour une enveloppe globale du soutien public stable par rapport à 2026, à 9,5 milliards d'euros, selon le projet de loi.
Il ne s'agit pas de remettre en cause le développement des énergies renouvelables mais d'adapter le cadre de soutien de l'État, a assuré la ministre déléguée à l'Energie, Maud Bregeon.
- Filière naissante -
"Les énergies renouvelables doivent servir la décarbonation, pas les rentes", a-t-elle déclaré aux journaux du groupe EBRA à la veille de la présentation du PLF 2027.
"Certains contrats passés entre 2006 et 2012 représentent 20% des subventions publiques allouées aux renouvelables, pour uniquement 5% de la puissance installée. Cela ne pouvait pas durer", a-t-elle tranché.
Ces anciens contrats, qui accordent aux producteurs des tarifs allant jusqu'à 600 euros par mégawattheure (MWh), "étaient justifiés au début de cette période pour soutenir une filière encore naissante", est-il écrit dans le PLF.
Mais depuis, les coûts de production ont été divisés par quatre, la filière a atteint sa maturité et les tarifs de soutien sont aujourd'hui inférieurs à 100 euros par MWh, rappelle le document.
Concernant les contrats de rachat d'électricité passés ces cinq dernières années avec la filière solaire, le gouvernement précise qu'un "audit" sera mené par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) pour déterminer le niveau de "surrémunération", avant une nouvelle réduction tarifaire.
- "Personne n'a triché" -
"Personne n'a triché, on a joué avec les règles qui nous ont été données", a dénoncé Jérémie Almosni, le délégué général de France renouvelable. "Et systématiquement faire porter sur le dos de la filière cette image de +super rentier+, de machine à fric ou de cowboy du Far West en recherche de rentabilité, c'est détestable et délétère", a-t-il ajouté.
"C'est accusatoire" et "ça stigmatise les développeurs", a déploré Jules Nyssen, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). "On part à la chasse aux soi-disant +rentiers+ au lieu de nous protéger des fluctuations des prix des énergies fossiles", qui pèsent sur le pouvoir d'achat des Français.
Autre disposition prévue par le PLF : "limiter l'exposition du budget de l'État à la volatilité croissante des prix de l'électricité, notamment lors des épisodes de prix négatifs, devenus plus forts et fréquents".
Les prix négatifs correspondent aux périodes où la production d'électricité est supérieure à la consommation, ce qui provoque une baisse du tarif du mégawattheure (MWh), qui peut devenir négatif sur le marché de gros.
Ils se produisent notamment aux beaux jours, quand la production solaire est abondante. Selon la CRE, ces épisodes ont représenté 513 heures en 2025 et 300 heures sur le seul premier semestre de 2026, en augmentation régulière ces dernières années.
Le gouvernement entend donc étendre l'obligation d'arrêt en période de prix négatifs à certaines installations de plus petite taille, dont la puissance installée est supérieure à 100 kilowatts (kW), alors qu'aujourd'hui, seules celles de 10 MW y sont soumises.