"On est en danger": prises en étau entre une hausse des besoins d'accompagnement et une baisse de moyens financiers, les associations de solidarité et de santé s'apprêtent à lancer lundi une semaine de mobilisation pour alerter sur leur situation.
Réduction d'activité, suppression d'emplois, épuisement des personnels restants... "Nous voulons faire prendre conscience de la fragilisation de nos structures qui sont essentielles à des millions de personnes", a expliqué lors d'une conférence de presse, Daniel Goldberg, président de l'Uniopss, structure qui rassemble des associations du social, du médico-social et de la santé.
Le secteur, largement financé par les pouvoirs publics, prévoit des actions, parfois symboliques, partout en France du 12 au 17 octobre pour alerter sur sa situation. A Lille, par exemple, des manifestants feront une quête symbolique devant la préfecture. Des rassemblements sont aussi prévus dans de nombreuses villes, dont jeudi à Paris, devant l'Assemblée nationale, à 12H00.
"On demande au secteur associatif de porter toujours davantage de responsabilités avec toujours moins de ressources", a dénoncé Gaël Escaffre, directeur général de l'Essor, qui accompagne 2.300 enfants, jeunes et familles en difficultés. Dans la protection de l'enfance, comme ailleurs, "les besoins augmentent", mais son association a vu ses budgets baisser de "60.000 euros" cette année et n'a plus de "réserves financières".
- "Pire moment" -
Dans le secteur de la solidarité (aide alimentaire, hébergement d'urgence etc.), 77% des associations ont subi en 2025 ou 2026 une baisse de financement public, d'après une enquête de la Fédération des acteurs de la solidarité (900 adhérents) publiée jeudi. Ces réductions d'aide peuvent venir de l'Etat, comme des collectivités.
Et près d'une association sur trois est menacée de disparition car elle dispose de moins de deux mois de trésorerie pour assurer les dépenses liées à son fonctionnement.
Le secteur "est en danger" et "cela arrive au pire moment" car "la précarité est au plus haut", a souligné auprès de l'AFP Pascal Brice, président de la Fédération. Le taux de pauvreté s'est stabilisé en France à 15,4% de la population en 2024, soit le plus haut niveau mesuré depuis le lancement de cet indicateur de l'Insee, il y a près de 30 ans.
Conséquence de leurs difficultés financières: de nombreuses associations réduisent ou arrêtent certaines de leurs activités, ce qui se traduit également par des suppressions de postes.
- Réduction d'activité -
Cela a été le cas par exemple du Secours catholique. Il avait annoncé en octobre l'an dernier le premier plan social de son histoire en raison de "contraintes financières", qui s'est traduit par la suppression d'une centaine de postes.
De même, dans le secteur de la santé, Aides, qui lutte contre le sida et les hépatites, vient de "supprimer 55 postes" dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi, a indiqué jeudi son directeur général, Marc Dixneuf. L'association a dû fermer ses antennes à Angers, Lorient, Reims et Perpignan. "On est déjà dans ce moment où on n'offre plus de dépistage au plus près des personnes, on n'est plus là pour faire des orientations", a-t-il déploré.
Les associations appellent le gouvernement à leur attribuer des moyens "à la hauteur des besoins", dans le cadre des prochaines discussions budgétaires pour 2027, qui s'annoncent toutefois tendues, avec l'objectif affiché de réduire drastiquement les dépenses pour contenir le déficit de l'Etat.
Pour mieux se faire entendre, les associations ont lancé une pétition en ligne qui rassemblait jeudi plus de 31.000 signatures.