Emmanuel Macron lui a écrit pour saluer son "engagement" en vue d'une société plus "solidaire": aux Mureaux (Yvelines), le jeune boxeur Bigot Marseille initie des personnes handicapées au noble art pour favoriser leur inclusion.
"Allez Alexis, premier combat, focus !" Ce jour-là au BAM L'Héritage, l'un des clubs de boxe de cette ville de la banlieue nord-ouest de Paris, Bigot Marseille entraîne Alexis Gasse, 31 ans, porteur de trisomie 21.
Ce dernier est l'un des quelque 700 bénéficiaires de Mira'Events, l'association que l'entraîneur de 24 ans a cofondée en 2022 pour soutenir l'inclusion de personnes en situation de handicap par la pratique sportive, après avoir lancé des cours de boxe gratuits.
Double champion de France de boxe anglaise 2017 et 2018 chez les -60 kg, Bigot Marseille a enseigné pendant trois mois à Alexis Gasse les rudiments pour affronter un adversaire valide. Un combat qu'Alexis remportera par K.O, encadré par un arbitre sensibilisé au handicap.
"Le handicap n'est pas une fin en soi. Si tu es dans cette société, tu as ta place", souligne le jeune boxeur français d'origine haïtienne auprès de l'AFP. Une place que la boxe peut aider à trouver grâce à ses "valeurs", estime-t-il, citant "la confiance, le dépassement de soi, la discipline".
- "Lumière" -
"A petits pas Alexis ! Tourne en même temps, faut pas que t'arrêtes, c'est la coordination, c'est pas facile mais faut le faire !" Lunettes teintées et sourire aux lèvres, Bigot Marseille encourage son "champion" lors de l'échauffement.
Il est assisté ce jour-là par Mélissa, 16 ans, et Younous, 15 ans, deux stagiaires valides de l'association, qui vont simuler des combats avec Alexis. Et par Timothy Barker, 33 ans, également porteur de trisomie 21. Le premier que Bigot Marseille a fait combattre, avant de le prendre comme entraîneur adjoint.
"Ce que fait Bigot, ce n'est pas partout qu'on voit ça, il nous pousse à donner notre maximum", que la personne soit valide ou non, estime Younous.
Le jeune entraîneur avait certes aidé à rénover un établissement accueillant des personnes handicapées pour financer son permis de conduire, mais il n'a jamais suivi de formation spécifique pour intervenir auprès de ce public.
Il ne s'en trouve pas démuni pour autant. "Il y a une affection que je vais apporter, qui va réchauffer. Prendre dans mes bras, faire une petite accolade... Mais dans mon exigence, il n'y a rien qui change entre eux (les sportifs handicapés, NDLR) et un vice-champion de France", assure-t-il.
"Bigot me fait travailler super dur !", confirme Alexis Gasse. Et c'est ainsi qu'il met en "lumière" l'inclusion des personnes handicapées, complète Timothy Barker.
Jusqu'à attirer l'attention d'Emmanuel Macron. Dans une lettre adressée au boxeur en février dernier, consultée par l'AFP, le président de la République loue "personnellement" son engagement pour "une société plus juste et solidaire".
"Grâce à votre approche profondément humaine et à un entraînement adapté", les personnes handicapées entraînées aux Mureaux "acquièrent à vos côtés plus d'autonomie, de mobilité et de concentration (...). Vous pouvez en être particulièrement fier", souligne le chef de l'Etat.
Pour Bigot Marseille, "cette lettre ne récompense pas une personne" mais la cinquantaine de bénévoles qui "oeuvrent corps et âme" chaque jour pour la cause, en travaillant avec des établissements éducatifs et médico-sociaux des Yvelines, du Val-d'Oise et de l'Yonne.
Le boxeur, lui, ne regrette pas d'avoir suspendu sa carrière depuis une rupture partielle du biceps qui l'a empêché de représenter Haïti, le pays de ses parents, aux Jeux olympiques de Paris en 2024.
S'il a mis "un pied en retrait du ring" pour donner "autant de temps à but non lucratif", c'est qu'il en retire "un plaisir fou", confie-t-il.