Alors que de nouvelles intempéries sont annoncées en début de semaine sur la région de Montpellier, le premier épisode cévenol de la saison, qui a noyé la ville et ses environs sous des trombes d'eau fin septembre, va déjà coûter très cher.
Infiltré par les fortes pluies, le Corum, qui abrite palais des congrès et opéra, a subi un effondrement de ses faux plafonds, entraînant dans leur chute le système électrique du bâtiment.
Une tuile pour Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la métropole, propriétaire des lieux : des travaux de rénovation de cet emblématique monstre de granit rose venaient justement d'être entamés.
Le volet "étanchéité" du chantier devait commencer en 2027, mais les pluies diluviennes du 30 septembre sont venues heurter ce calendrier.
Aujourd'hui, le maire socialiste estime le coût de la rénovation totale du Corum à 40 millions d'euros. Les diagnostics ne sont pas finalisés, mais la structure du bâtiment pourrait être touchée.
"On veut nous prélever 27 millions d'euros" sur les dotations prévues dans le Projet de loi de finances 2027, pointe Michaël Delafosse lors d'une rencontre avec la presse. "Dans quelle ère entrons-nous si ces chiffres s'appliquent", alors même que les événements météo extrêmes se multiplient sous l'effet du dérèglement climatique.
L'élu fait référence aux 5,4 milliards d'euros d'économies demandées par le gouvernement aux communes et intercommunalités. Un effort jugé "abusif" et "disproportionné" par le président du Comité des Finances locales (CFL), Jean-François Debat.
Dans ce contexte, comment éponger ce que M. Delafosse appelle "la dette grise", "toute la vétusté de ces bâtiments et infrastructures construits dans les années 90, 2000, qui ne sont plus étanches". Et de citer un autre exemple d'investissement massif : les rails du tramway, rénovés par tronçons à chaque période de congés scolaires.
Ce qui est arrivé au Corum, inauguré en 1988, "est une illustration de ce que vont subir beaucoup de collectivités", prévient son entourage, "qui vont devoir retaper plus vite que prévu des bâtiments vieillissants mal adaptés aux catastrophes actuelles".
- "Chemins à réparer" -
Ces dépenses incontournables dans un contexte de baisse historique des dotations inquiètent aussi Frédéric Roig, président départemental de l'Association des maires de France.
Une semaine après la vigilance rouge sur l'Hérault, sa commune du nord du département, Pégairolles-de-l'Escalette, encaissée dans les montagnes et traversée par la Lergue, a vu se déverser dans ses rues 200 mm d'eau en une heure.
"J'ai à peu près 80.000 euros de chemins, de réseau d'assainissement et d'équipements publics à réparer", compte le maire, qui a dû "annuler deux projets d'investissement" pour faire face à cette dépense imprévue.
Frédéric Roig rappelle que les différents impôts locaux ont été "remplacés par des dotations". "Je ne suis pas nostalgique, mais les collectivités ont perdu la capacité de décider de leur impôt, on n'a aucune prise sur les dotations".
Se disant "au pied du mur" du fait de la baisse, il dénonce les "injonctions contradictoires" du gouvernement, qui demande aux collectivités de "verdir" leur économie, "mais avec quel argent?".
Au-delà de la baisse de dotation prévue, les collectivités ont subi une autre ponction : la réduction du fonds de compensation de la TVA (FCTVA) de plus de 2 milliards d'euros.
Économies aussitôt ressenties par la Fédération des travaux publics (FRTP), qui avait déjà constaté une baisse d'activité de 7,4 % en volume entre janvier et juillet.
"On est la variable d'ajustement des collectivités, qui, quand elles ont un problème de finances, décalent les travaux", résume Olivier Giorgucci, président délégué de la FRTP Occitanie.
"Ce que nous réalisons au quotidien, c'est l'aménagement du territoire, c'est la lutte contre les inondations, c'est la lutte contre les feux de forêt, c'est une viabilisation de lotissements...", énumère-t-il.
L'entrepreneur met en garde : en repoussant l'entretien d'un pont par exemple, "on met en péril un patrimoine qui existe, ça coûtera 10 fois plus cher demain car il ne faudra plus entretenir mais réparer".
Lors d'une conférence de presse à Paris mercredi, l'association d'élus locaux France Urbaine a appelé le gouvernement à amender son texte : "alors que les collectivités réalisent 70 % de l'investissement public civil, réduire leur capacité d'action revient aussi à fragiliser la transition écologique".