Avec la répétition des canicules, le climat va-t-il être un sujet de campagne ?

Avec la répétition des canicules, l'adaptation au changement climatique sera-t-elle au coeur de la présidentielle ? Si Marine Tondelier tente de faire monter le sujet, certains candidats, notamment à droite, restent assez discrets, sauf sur la climatisation, au grand dam des scientifiques pour qui "le climat concerne tous les sujets politiques".

Depuis le début de ce deuxième épisode de l'année, le débat politique a été animé principalement par deux propositions, celle d'un "congé climatique" (de cinq jours maximum par an) faite par les Ecologistes et celle du RN sur "un plan massif de climatisation".

Depuis plusieurs années, la climatisation, "une décision de santé publique" selon Marine Le Pen, est LA réponse du RN au changement climatique.

Son allié UDR, dirigé par Eric Ciotti, a déposé une proposition de loi pour la rendre obligatoire dans les écoles et les Ehpad. Pour les particuliers, le député RN Jean-Philippe Tanguy préconise un dispositif de "prêts à taux zéro" qui serait "provisionné à hauteur de 20 milliards" d'euros.

Marine Le Pen cherche à instaurer un clivage avec la gauche sur le sujet. "Il ne faut surtout pas climatiser partout. C'est une fausse solution qui aggrave le problème", lui a d'ailleurs rétorqué Jean-Luc Mélenchon, préconisant l'isolation des bâtiments.

La climatisation n'est "ni un tabou, ni la réponse à tout", a répondu Marine Tondelier.

Mais cette question exaspère la candidate écologiste, qui multiplie les interventions pour affirmer que "l'adaptation à la canicule est politique" et nécessite "des dizaines de mesures".

Même énervement chez les scientifiques. "On réduit l'adaptation à un problème binaire: pour ou contre la clim ? On évacue les sujets de fond alors qu'il faut un éventail de solutions qui ne sont pas simplistes", déplore Valérie Masson-Delmotte, climatologue à l'Institut Pierre-Simon Laplace.

"Ma peur, c'est que la présidentielle se réduise à un débat +Pour ou contre la clim ?+ Et une fois qu'on aura parlé de ça, on aura parlé du climat. Mais on aura parlé de rien!", renchérit Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherche du CNRS à l'Ecole normale supérieure.

Avec la climatisation, "on est dans une illusion d'adaptation" et le monde politique "croit qu'on va y arriver sans casse, sans questionner le modèle".

Selon lui, "on ne peut décorréler le changement climatique du projet politique". De l'adaptation des villes, des transports, des modes de vie, à l'agriculture, l'utilisation des ressources ou l'électrification... "Le climat concerne tous les sujets politiques, il est politique", plaide-t-il.

Pour Mme Masson-Delmotte, "les valeurs de la République" sont en jeu. "Une canicule s'attaque à la liberté, la liberté de circuler par exemple", mais aussi "à l'égalité" entre citoyens et "à la fraternité" à l'égard "de nos ainés".

- "double langage" -

Pour un candidat à la présidentielle, la difficulté est que la lutte contre le changement climatique est une question de long terme, sans résultat immédiat et nécessitant de gros moyens budgétaires dans une France surendettée.

"L'écologie, c'est un objet politique très peu rentable", résume Thierry Pech, directeur général du groupe de réflexion Terra Nova.

De fait, certains candidats sont restés discrets ces derniers jours. Edouard Philippe ne s'est guère exprimé, Gabriel Attal a simplement évoqué l'isolation thermique et critiqué la proposition de congé climatique.

Dans son meeting samedi, tenu pourtant en pleine canicule, Bruno Retailleau n'a pas évoqué le changement climatique, se contentant de plaider en faveur d'une écologie de droite qui ne punira pas". Mardi il a dénoncé "le discours arriéré" des écologistes.

Pour M. Pech, la canicule vient contrarier le discours dominant à droite et à l'extrême droite depuis les européennes de 2024 qui est de s'attaquer aux législations environnementales en France et en Europe.

"La droite passe son temps à dire +vous emmerdez les Français avec vos ZFE (zones interdites aux véhicules polluants), vos ZAN (Zéro artificialisation nette des sols)+", rappelle-t-il.

Certes, le RN ne remet plus en cause les travaux du GIEC sur le réchauffement climatique, reconnait Christophe Cassou. "Mais une fois dit ça, on fait quoi ? On vote pour supprimer l'Ademe (l'Agence de la transition écologique) Il y a un double langage insupportable", dénonce-t-il.