Avec la canicule, les chauffeurs de bus franciliens en surchauffe

Sous le soleil écrasant de ce vendredi d'août, un pictogramme de flocon de neige sur la fenêtre du bus suggère qu'il est climatisé. Pourtant, à l'intérieur, l'air est lourd et les fenêtres ont été ouvertes pour permettre au conducteur et aux passagers de respirer.

"C'est pas du tout adapté, il n'y a pas de climatisation", soupire Rosi Nchama, 26 ans, en attendant qu'un chauffeur assure la relève d'un bus à l'arrêt à Thiais (Val-de-Marne), dans le sud-est de Paris.

Selon Météo-France, l'épisode caniculaire en cours a atteint son pic vendredi en Île-de-France, avec des maximales comprises entre 38°C et 40°C, vers 15H00.

Ces températures mettent à l'épreuve conducteurs et passagers, puisque actuellement, 40% des quelque 10.500 bus et cars franciliens ne sont pas climatisés, selon Île-de-France Mobilités (IDFM), l'autorité organisatrice des transports dans la région.

Même quand le bus est équipé, la climatisation "ne suffit pas à garantir un rafraîchissement", elle fait seulement baisser la température de 5°C par rapport à la température extérieure, a expliqué à l'AFP Sami Kennouzi, délégué CGT transports urbains.

Dans de nombreux bus très récents, il y a aussi des pannes de climatisation qui s'éternisent, parce que le constructeur n'a pas assez de personnel à envoyer pour faire les réparations, et que les exploitants des lignes "n'ont pas le droit d'y toucher sinon la garantie saute", a précisé à l'AFP Ahmed Berrahal, ancien représentant du personnel Force ouvrière au sein du groupe RATP, désormais salarié Transdev depuis mai 2026.

Depuis le début de l'été, "il y a environ une centaine de machinistes (chauffeurs-NDLR) qui ont exercé leur droit de retrait à cause des fortes chaleurs", a-t-il ajouté.

Pour M. Kennouzi, il faut "en finir avec le bricolage" car "ça devient une vraie problématique de santé publique" et de sécurité routière.

- Plus de 38°C dans le bus -

Dans un courrier adressé à la RAPT début juillet, que l'AFP a pu consulter, l'inspection du travail fait état de malaises liés à la chaleur chez huit chauffeurs rattachés au même centre pour la période du 17 au 24 juin, avec notamment des maux de tête, nausées et étourdissements.

Selon des relevés effectués le 25 juin en milieu d'après-midi par l'inspection du travail dans un bus circulant dans le Val-de-Marne, il faisait 38,5°C au niveau de la cabine conducteur, 42,3°C à la surface du volant et 38,2°C au milieu du bus.

Ce jour-là, le Val-de-Marne figurait parmi les 72 départements placés en vigilance rouge canicule par Météo France.

Même les locaux de repos ne sont pas épargnés: certains ne sont ni climatisés ni ventilés, ils sont parfois exigus et il manque souvent des gobelets pour les fontaines à eau, selon les témoignages des deux syndicalistes et des constatations de l'inspection du travail.

La RATP, mise en demeure par l'inspection du travail "de formaliser un plan d'action" et de mettre en oeuvre des mesures complémentaires, a précisé à l'AFP avoir répondu à ce courrier "dans le délai imparti".

Un porte-parole du groupe a souligné qu'il existe des mesures de prévention et d'adaptation en cas de fortes chaleurs, avec un déclenchement progressif "en fonction de l'évolution des températures et des alertes de Météo-France".

Keolis, qui exploite depuis le 1er août la ligne concernée par ces observations avec l'ouverture à la concurrence, a de son côté expliqué à l'AFP avoir aménagé "des temps de pause supplémentaires".

"Nous ce qu'on réclame c'est d'avoir au minimum deux jours de repos en semaine" en période de fortes chaleurs et pas "six jours de travail et un seul jour de repos" comme c'est le cas tous les étés, a déclaré M. Berrahal, car "sous 40 degrés, c'est impossible".

Début juillet, le conseil d'administration d'IDFM a demandé un audit des climatisations dans les bus.